Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Des questions ?

Bienvenue sur ce blog, réalisé à l'occasion de l'exposition Jeu de construction, à la Galerie des enfants du Centre Pompidou, du 16 février au 9 mai 2005.

Grâce à ce blog, j'espère vous permettre de mieux comprendre mon travail, et surtout avoir la possibilité de dialoguer avec vous, et recueillir vos impressions.

Paul Cox

 

Ps : N'hésitez pas à laisser vos commentaires, ils seront validés au plus vite !

Bienvenue !

  • "Pourquoi je ne peux pas voir mon commentaire ?"

Les commentaires sur ce blog sont "modérés" : cela signifie qu'ils doivent être validés, et éventuellement modifiés avant d'être visibles. En effet, ce blog est accessible aux enfants, dans l'exposition : nous devons donc vérifier ce qui est publié !

  • "Pourquoi je ne peux pas suivre un lien internet ?"

Si vous êtes connecté au blog depuis la Galerie des enfants, vous ne pourrez pas surfer librement sur internet... Une seule solution pour profiter de tous les liens : revenir depuis un autre accès internet sur www.paulcox.centrepompidou.fr.

21 avril 2005 4 21 /04 /avril /2005 00:00
Si les enfants, pendant la classe-chantier la semaine prochaine, s'amusent autant que moi, cet après-midi, à assembler les modules de mon nouveau jeu de construction fait de tasseaux, de planchettes et de boulons, alors tout se passera bien!






La promenade du soir m'a mené devant cet exquis petit pont


`
que je pensais vous proposer comme architecture du jour. Or, comme ce pont m'inspire d'autres idées, je concluerais différemment. En effet il me rappelle, à chaque fois que je passe devant, le merveilleux film de Vincente Minelli, "Brigadoon", où un pont du même genre, dans les Highlands,




marque la frontière d'un village imaginaire dont les habitants, si je me souviens bien, ne vivent qu'un jour tous les cent ans. Les héros du film s'y aventurent, précisément par hasard ce jour-là, et partagent un jour de cette curieuse vie sans âge (les autres jours, on ne voit rien de cet endroit, qui du reste ne figure pas sur les cartes géographiques). L'un des protagonistes, on s'en doute, tombe amoureux d'une fille de l'insaisissable village. On croit qu'il ne la reverra jamais, puisqu'elle ne sera visible à nouveau, un seul jour, que dans cent ans! Mais il n'en est rien - une exception sera faite pour notre ami, car l'amour, est-il dit dans la morale de cette histoire, triomphe de tout, même de ce singulier sortilège.




Il y a quelque temps, j'ai réalisé avec Franck Bordas une grande estampe numérique de 24m de long intitulée "Le temps suspendu". Je la montre ci-dessus, par commodité, en plusieurs tronçons. C'est en réalité une image continue qui forme une boucle. Il me semble avoir lu quelque part - c'est un vague souvenir, à vérifier - que dans le Paradis des anciens chinois coulait un fleuve circulaire. Voici un détail de cette interminable image:




Et voici, en guise d'architecture du jour, deux ponts photographiés à Séoul la semaine dernière, l'un positif (convexe), l'autre négatif (concave).







A demain.


Repost 0
19 avril 2005 2 19 /04 /avril /2005 00:00



"Vous avez carte blanche", m'assure-t-on pour une couverture de magazine que je dois réaliser cette semaine, "mais ce serait bien que vous dessiniez un personnage en train de dessiner, dans le style de votre livre "Histoire de l'art" "!! - j'accepte, malgré la cocasserie de la demande, cette contraignante carte blanche car elle me paraît cohérente avec le sujet: il s'agit d'un magazine d'illustration, qui s'appelle précisément "Illustration". Je me plie donc volontiers à cette liberté déjà inscrite de pointillés qui me semble bien illustrer l'"illustration".


Lors d'une parlotte ce matin devant un groupe d'étudiantes, j'ai expliqué entre autres choses mon projet pour la classe-chantier, et mon idée de placer les enfants dans une situation de jeu et de risque où ils ne sauront pas où ils vont. Et j'ai montré, comme contre-exemple absolu, cette amusante image d'un art à l'école qui respire l'ennui




reproduite par Gombrich dans "Art et illusion" (ou dans son Histoire de l'art, je ne sais plus - à vérifier).


Pas de photo de l'exposition aujourd'hui, car me revoici pour quelques jours à la campagne où je dois préparer les modules du jeu de construction destinés à la classe-chantier. Mais en guise d'architecture du jour, voici une jolie maquette, réplique presque exacte, trouvée aux Puces, de la maison hollandaise où je passais, enfant, mes vacances d'été, non loin du musée Kröller-Müller où j'aimais autant Mondrian que Van Gogh et Cranach que Strzeminsky.




A demain.




Repost 0
17 avril 2005 7 17 /04 /avril /2005 00:00
Duchamp était japonais. La preuve:



La ressemblance entre ce magnifique dessin et la Fontaine de Duchamp m'amuse d'autant plus que c'est à Tokyo, vous vous en souvenez peut-être, que l'on m'a offert ce singulier pin's:




J'ai oublié quel auteur voyait dans la signature "R.Mutt" apposée sur la Fontaine une référence (si on prononce ce nom à l'anglaise) au mot allemand "Armut" qui veut dire "pauvreté". Cela correspondrait bien tout cas au dénuement du Bodhidharma que représente ce dessin, oeuvre du génial moine Sengaï qui vécut de 1750 à 1837.

Je faisais l'autre jour la comparaison entre les jeunes pousses de saule pleureur et la calligraphie cursive. Sengaï, dans un autre dessin, rapproche l'écriture déliée et les vrilles de la vigne (où l'on retrouve ma spirale adorée que j'ai maintes fois évoquée plus haut).



La livraison de ce jour sera un peu brève car il faut que je finisse de calculer la quantité de bois nécessaire à la "classe-chantier" qui débute dans une semaine. J'ai commencé quelques maquettes pour mettre au point les proportions de ce nouveau jeu de construction.






Il sera fait de tasseaux de section carrée et de petits panneaux de contreplaqué qui permettent de construire des modules de belles proportions, la hauteur mesurant le double de la largeur, comme pour les tatamis.

En guise d'architecture du jour (je n'irai que demain matin prendre des photos dans l'exposition) cette jolie serre





qui me fait penser à de beaux dessins de Louise Bourgeois montrant des arbres dans une structure de maison à plusieurs étages.

A demain.


Repost 0
17 avril 2005 7 17 /04 /avril /2005 00:00
 



« Faire d'avance un plan exact et détaillé, c'est ôter à son esprit tous les plaisirs de la rencontre et de la nouveauté dans l'exécution de l'ouvrage. C'est se rendre à soi-même cette exécution insipide et par conséquent impossible dans les ouvrages qui dépendent de l'enthousiasme et de l'imagination. Un pareil plan est lui-même un demi-ouvrage. Il faut le laisser imparfait si on veut se plaire. » (Joseph Joubert, Carnets)

Mon idée, pour la "classe-chantier", c'est d'apporter aux enfants cette maquette de leur salle de classe, réalisée aujourd'hui (en plus des matériaux de construction pour la semaine), afin de leur permettre de préparer leur travail, puis de se rendre compte de l'éventuelle différence entre la construction réelle et leur projet de départ. J'espère bien en effet que la maquette sera soumise à mille modifications au gré des découvertes faites en cours de construction.



Voici, pour comparaison, la salle de classe avant chantier. C'est ici que prendra place, dans une semaine, le grand chamboulement.

Mille choses à préparer, encore, en vue de cela. La livraison du jour sera une nouvelle fois un peu courte donc. Pour la conclure, cette belle architecture:



A demain.

Repost 0
16 avril 2005 6 16 /04 /avril /2005 00:00
La "classe-chantier" démarre dans une dizaine de jours avec les enfants de CP dans une école à Blois.



J'ai l'idée de leur proposer un matériau de base, un grand jeu de construction fait de tasseaux, de planches et de boulons, plus des choses pour l'ornementation (tissus, plastiques), à partir desquels ils décideront eux-mêmes, collectivement, ce qu'ils construiront.

Comme toujours, pour m'accompagner dans mon travail, je m'entoure de beaucoup de livres et d'images.



Mes enthousiasmes du jour vont à Tatline, Rietveld, Enzo Mari,
Krijn de Koning, Buren, Jason Rhoades, Gregor Schneider, Raoul de Sausmarez,



Shigeru Ban, Xavier Veilhan, Jessica Stockholder, Liam Gillick, Munari, Cosima von Bonin, les soeurs Hohenbüchler, Lissitsky,

 


Frederick Kiesler, Gehry, Kippenberger, Hybert, Kawamata, Sarah Sze.

Je me rends compte que j'ai toujours été très attiré par les artistes-ingénieurs, les artistes-constructeurs, les artistes-architectes. Un peintre que j'aime beaucoup, Per Kirkeby, est aussi l'auteur de singulières architectures en briques.
Récemment, pour un article dans un magazine japonais, on m'a demandé de citer trois livres qui m'étaient chers: j'ai nommé Kirkeby aux côtés de mes inséparables Dubuffet et Laurence Sterne.



Le magazine se trouve devant moi, posé sur mon bureau, il s'appelle "Peep",




et fait un amusant écho à la sublime couverture du vieux manga dont j'ai montré l'autre jour quelques pages




qui à son tour me rappelle cette belle lithographie sur journal plié de Jean-Charles Blais imprimée à l'atelier Bordas:




à laquelle j'avais songé, comme en discret hommage, pour la version pliée de l'affiche de Prague commentée à plusieurs reprises plus haut.




Mais pour revenir au jeu de construction de la classe-chantier: le système d'assemblage des tasseaux au moyen de boulons sera similaire à celui
que j'avais utilisé pour confectionner cette sorte d'arbre pliable,



et l'aspect général ne sera pas très éloigné de celui de ce "cabinet de lecture" que j'ai construit il y a une quinzaine d'années.




L'arbre pliable m'avait été inspiré par une savante structure de toit-parapluie vue dans l'excellente exposition "L'Art de l'ingénieur" montrée au Centre Pompidou en 1996.

A propos de parapluie, j'en vois justement passer dans le jardin sous mes fenêtres, et je me dis qu'il serait amusant d'en concevoir un en forme de toit de maison:



Deux architectures du jour, pour conclure: cette vieille linogravure, que je retrouve en mettant de l'ordre dans un tiroir délaissé, et qui reproduit incomplètement la célèbre formule de Le Corbusier: "le jeu savant, correct et magnifique des volumes sous la lumière":




et puis cet harmonieux amoncellement:




A demain.


Repost 0
15 avril 2005 5 15 /04 /avril /2005 00:00
J'ai à l'avant du cerveau, à droite au-dessus de l'oeil, une petite case où je range les idées qui me viennent pendant la nuit (le jour, j'ai toujours un carnet et un critérium 0,5, pour pouvoir y écrire assez petit).



Je n'ai pas besoin, contrairement à Lewis Carroll cité hier, de me lever et d'allumer la lumière, non: il suffit que je me dise "Je range cette idée ici" - j'ai quasiment alors la sensation physique de l'idée, palpable comme un petit objet, déposée dans mon très fiable tiroir, qui peut en contenir un grand nombre par nuit - pour la retrouver sans faute au lever. Je remercie mes parents et le Grand Horloger de m'avoir doté de cet utile organe.

C'est là que je réunis mes idées pour le blog. Ce matin, il y avait dans le tiroir, outre l'idée de parler du tiroir lui-même, les choses suivantes:



Pour continuer la série des visages bizarres aux yeux étranges, commencée il y a peu, j'ai repensé à cette carte de voeux que j'avais faite il y a quelques années pour le Salon d'Art à Bruxelles, attachante galerie qui cumule les qualités de salon de coiffure (mais alors très chic - un seul fauteuil dans l'établissement, où l'on est soigné comme un pacha) et de galerie d'art. C'est là que j'ai exposé entre autres, il y a quelques années, cette série de collages




qu'acompagnait mon petit livre "Le Langage des fleurs" (ou plutôt mes petits livres, puisqu'il en existe deux versions: une pour les filles, une pour les garçons):




J'aime bien assortir mes expositions d'un livre ou d'une publication qui ne soit pas un catalogue, mais une oeuvre nouvelle, éditée, en rapport avec les oeuvres montrées. Ainsi mon Jeu de l'amour et du hasard




accompagnait une exposition de grandes pièces murales modulaires comme celle-ci, intitulée "Dialectique psychogéographique"




ou encore le livre "Animaux"




a été publié en même temps que l'exposition que voici




et que le jeu de construction que voilà




Pour revenir au Langage des fleurs, en voici deux doubles-pages




où j'ai reproduit des silhouettes de fleurs, légendées de leur signification telle que l'on peut la trouver dans les vieux Larousse Universels (la seule différence entre les deux versions, garçon et fille, c'est l'accord d'un seul adjectif dans l'une des légendes, à savoir "Tu es la plus belle", et "Tu es le plus beau"). Le livre utilise mon système de transcription de la quadrichromie en noir et blanc que j'ai utilisé pour mon petit manuel "L'Art de la couleur"




dont voici la page d'introduction et dont je vous reparlerai une autre fois.

Pour revenir à l'image de l'audacieux coiffeur



son client malmené ressemble à la fois à un portrait de Picasso et à une sole (une sole pleureuse?) - poisson éminemment picassien s'il en est.




Or "sole" siginifie "semelle" en anglais, et "semel" signifie "identique" en latin (d'où "similaire") ce qui est amusant si l'on songe que la trace de pas ou de semelle est la forme la plus ancienne de reproduction par empreinte (l'anglais est plus parlant encore, avec son "footprint").

Ceci me rappelle une grande estampe numérique que j'ai réalisée il y a deux ans et que j'avais intitulée "Digital fingerprint"; je n'en retrouve pas la photo pour le moment: il s'agissait d'une empreinte digitale très agrandie et fortement pixellisée.
Mais tout ceci nous éloigne un peu des jeux de construction - j'y reviens, pour conclure, avec cette belle architecture du jour (quelle joie de retourner dans l'exposition!):



A demain.


Repost 0
14 avril 2005 4 14 /04 /avril /2005 00:00
Voici mon atelier à peu près rangé.



J'ai pris tant de retard pour les chantiers suivants (la "classe-chantier", le décor de Casse-Noisette, dont je vous reparlerai lorsqu'ils seront en cours, une couverture de magazine, des monceaux de courrier...)




que j'aimerais avoir non seulement plusieurs paires d'yeux (l'heureux homme doté de double-vue que voici partage sa vitrine avec le triste sire d'hier au musée d'art populaire de Séoul) mais aussi plusieurs paires de bras




mais alors il me faudrait ausssi un cerveau plus grand, comme en semble doté ce curieux personnage, japonais celui-là:




Je pourrais alors accomplir mille fois plus de choses, mon temps s'en trouverait comme multiplié - "mon temps"... mais que me prend-il? Quelle présomption dans ce possessif accolé à ce qui est à tous, ou bien plutôt, si l'on en croit le Chapelier fou d'Alice, "le Temps n'est ni à vous, ni à moi. Le Temps n'est à personne".

Le visage aux quatre yeux me rappelle une image que j'avais dessinée pour une exposition de l'excellente revue "The Ganzfeld"



(le mot "Ganzfeld" - "champ entier" - fait référence à une notion de parapsychologie dont j'ignore presque tout sauf cette définition trouvée à l'instant sur le net: "Le ganzfeld (champ sensoriel uniforme) est un protocole d'induction d'un état hypnagogique pour les expériences de télépathie", mais qui a ma sympathie car j'ai toujours pensé que la télépathie était un moyen de communication très amusant et commode). Bref je voulais montrer par ces trois yeux (et peut-être y en a-t-il un quatrième derrière sa tête) que ce personnage pouvait scruter simultanément les différents recoins d'un vaste champ. Quant aux anagrammes dont j'ai orné l'affiche, elles jouaient sur le mot "Unbound" (non relié, défait), l'exposition montrant aux murs des oeuvres d'artistes ayant oeuvré précédemment dans les pages de la revue.

J'ai trouvé plus tard une image assez similaire dans "L'Art de la mémoire" de Frances Yates,



livre de chevet de Dubuffet dont les livres sont les miens (de chevet) - syntaxe étrange, mais dont je tente tout de même l'audace.

Voici une autre image encore, une affiche que j'avais réalisée pour le beau film de Jeremy Podeswa, "Les Cinq sens", qui traite de synesthésie.



A propos des cinq sens, ce serait joli, me semble-t-il, en fonction du degré d'intimité que l'on a avec ses correspondants, de terminer ses lettres non par un simple "au revoir", mais par un "au réentendre", "au retoucher", "au resentir", "au regoûter".

Dans la revue The Ganzfeld j'avais publié cette histoire en trichromie dont les sept images sont les différentes combinaisons possibles des trois couches (cyan, magenta, jaune) d'une seule et même image. C'était au départ un travail de commande - il s'agissait d'illustrer en sept images un article sur la couleur - lorsque j'ai proposé cette image unique décomposée en ses sept avatars, le commanditaire a été de prime abord un peu circonspect, soupçonnant l'arnaque, avant d'être content du résultat!



Cette livraison est une nouvelle fois faite de bric et de broc, comme l'ensemble de ce blog d'ailleurs (de blig et de blog). J'espère qu'au fil des jours ces fragments prendront une forme amusante pour le lecteur, comme une sorte de grand jeu de construction.

A propos d'Alice encore, ceci, où Lewis carroll livre sa méthode: "Chacune de mes idées (...) naquit d'elle-même. Parfois une idée surgit au cours de la nuit, et il faut alors me lever et faire de la lumière pour pouvoir la noter, parfois elle surgit tandis que je me promène, solitaire, sur la lande, et il me faut alors m'arrêter et, les doigts presque gourds, noter quelques mots qui permettront à l'idée nouveau-née de ne pas périr; mais quelles que soient les circonstances de sa naissance, elle naît spontanément. Je suis incapable de mettre l'invention en marche, comme une horloge, en la remontant de façon délibérée (...). Alice et De l'autre côté du miroir sont faits presque totalement de pièces et de morceaux, d'idées isolées nées spontanément".
Apologie du fragment, donc, à l'instar de Novalis - quel nom curieux, pour un auteur qui vécut bien avant Alice, sauf à appliquer le temps à rebours de la Traversée du miroir!
Pour conclure, en guise d'architectures du jour, ces beaux caractères chinois écrits avec des briques.



A demain.


PS:
Intramuros, suite.
Juste avant mon départ pour le Japon, j'étais un peu inquiet, sans nouvelles de la revue de design à laquelle j'avais envoyé mon projet de couverture:



Ne l'aimaient-ils pas?

Ouf! Coup de téléphone au moment de fermer mon sac: c'est bon, la couverture plaît. Invité à me justifier sur le choix de l'image représentant Le Renard et la cigogne, j'improvise ceci: on entend souvent dire que les gens ne savent pas exactement ce qu'est le design, qu'ils en ont une idée floue - or avec cette fable de La Fontaine, qui traite d'un vrai problème de design et de fonctionnalité, tous les petits Français, depuis des générations, portent dans leur culture une sensibilisation précoce au design. Bien sûr, c'est là typiquement le genre de raisonnement que l'on fait après-coup, l'image une fois faite ("deinde philosophari" dit l'adage antique) - Klee une nouvelle fois! ("ce que je fais m'apprend ce que je cherche") - de la même façon que l'on vit d'abord, et que l'on comprend sa vie après, me semble-t-il, et non l'inverse.


Repost 0
14 avril 2005 4 14 /04 /avril /2005 00:00
"Le baiser de la pierre au papier" - ce sont à peu près les mots, je crois, qu'utilisait Francis Ponge pour parler de la lithographie,



et auxquels je faisais lointainement référence dans l'image ci-dessus, qui m'est revenue à l'esprit à cause des visages d'hier (cette image voulait surtout traduire l'impression de malaise que m'a toujours inspiré la notion d'édition limitée-signée-numérotée - comme du reste la bibliophilie: on possède un petit bout de l'auteur, puisque l'objet est signé de sa main, mais l'objet lui-même n'est qu'un multiple - possession un peu illusoire et vaine donc, à l'instar de cet homme barbu qui ne pourra jamais embrasser que le front de sa jeune amie).



Dans un esprit un peu différent, mais aussi en référence lointaine à Ponge et dans la lignée des visages d'hier, j'avais imaginé, il y a quelques années, cette image pour une carte de voeux de Franck Bordas. La numérotation incomplète laisse planer un doute et un espoir sur le quatrième baiser: sera-t-il sur la bouche?

En écrivant ceci je vois passer deux personnes marchant côte à côte dans le jardin sous mes fenêtres. Elles marchent si bien au pas que leurs jambes ressemblent à une paire de tréteaux.



Or comme j'aime les tréteaux (il y en a des centaines dans l'exposition!), j'imagine aussitôt que ces jambes en feraient une bien jolie paire:




Et voici une autre idée, à propos de tréteaux, notée il y a quelque temps:




et que j'aimerais bien un jour réaliser en vrai (les tréteaux touchent le plafond qu'ils semblent soutenir).

Et puis, en écho à mes évocations fréquentes et récentes de formes positives-négatives et de dedans-dehors: ces deux photos "dessus-dessous" que séparent à peine quelques minutes et que j'ai prises l'autre jour de l'avion:`



Enfin cette nouvelle toupie, étrange, trouvée dans un vieux catalogue Manufrance, et dont le mystérieux texte donne son titre à cette livraison:




Et pour conclure, en guise d'architecture du jour (je n'irai prendre mes photos dans l'exposition que demain matin) ces deux pages de carnets remplis pendant mon voyage




et ces dessins tracés aujourd'hui avec mes nouveaux pinceaux chéris en pensant, nostalgique, aux belles architectures à claire-voie découvertes la semaine dernière.




Avec toutes ces histoires de tréteaux il est très tard, alors à demain.


Repost 0
11 avril 2005 1 11 /04 /avril /2005 00:00
Sisyphe ne cessait de pousser son rocher, je ne cesse de ranger mon atelier.



La décourageante perspective d'avoir à trier toutes les choses accumulées au fil des dernières semaines, aggravée par la fatigue due au décalage horaire, me donne l'apparence aussi cloche que le masque ci-dessus, vu au musée d'art populaire de Séoul.




A propos de cloche, je comprends, en revoyant à la maison certains tableaux comme celui-ci,




pourquoi je suis si sensible aux ouvertures en forme de cloche dans certains temples japonais: mes coulures en répètent la forme, inversée.




Mais malgré la fatigue, je n'ai pas résisté à l'envie de tester mon nouveau pinceau à plumes de coq que j'évoquais hier, remettant à demain le rangement urgent de mon désordre. C'est un outil très étonnant: l'écartement imprévisible et changeant des plumes laisse une trace irrégulièrement striée et permet de dessiner d'un seul coup de pinceau un grand nombre de lignes plus ou moins parallèles. Il faudrait que j'en offre un à Bernard Frize, que cela intéresserait certainement. Voici mes premiers essais.



 





J'avais des stylos à plume; je possède maintenant un pinceau à plumes.
Permettez-moi maintenant de sauter du coq non pas à l'âne, mais à Franck Bordas, qui m'a envoyé l'autre jour des photos de l'exposition à Prague, et de l'affiche dans son contexte d'arrivée.



Comme je l'expliquais il y a quelques jours, toutes les affiches sont uniques, Franck ayant imprimé les deux cents exemplaires en changeant graduellement la couleur dans les encriers. Et bien qu'une partie d'entre elles soit destinée à l'accrochage dans la rue, nous avons pris le parti de toutes les signer et les numéroter - je serais très flatté que quelque amateur praguois décolle nuitamment les exemplaires apposés sur les murs de sa ville. Nous avons presque toujours joué ainsi avec les conventions de la numérotation et de la justification de tirage, dans les divers projets menés avec Franck Bordas. Pour les Oeuvres Romanesques complètes, par exemple, dont les cent-dix exemplaires étaient à la fois identiques et différents, nous avions imaginé le colophon suivant:




Une autre fois (ce n'était pas avec Franck Bordas, mais avec La Pierre d'Alun), j'avais eu l'idée, à la seule fin d'égayer un peu le colophon d'un ouvrage regroupant dans ses tirages de tête quelques estampes, d'imprimer l'image que voici




(il s'agit d'un lino, et d'un authentique poil collé sur le tirage - Glumdalclitch étant le nom de la maîtresse de Gulliver lorsqu'il séjourne chez les géants de Brobdingnag), ce qui a permis de conclure plaisamment le colophon de la manière suivante:




(j'ai découvert plus tard que l'étrange ouvrage de Pierre Bettencourt, "Les Plaisirs du roi", était accompagné dans son tirage d'origine "d'une boucle de poils de sa majesté").

Aujourd'hui, en guise d'architecture du jour, je vous propose ces jolies pages d'introduction d'un ancien manga, "Nora-kuro" de Suiho Tagawa (qui se lisent de droite à gauche).





A demain.



Repost 0
Published by Paul Cox - dans paulcox
commenter cet article
10 avril 2005 7 10 /04 /avril /2005 00:00
J'adore les saules pleureurs et l'écriture japonaise m'a toujours fait penser à leurs feuilles, quand elle est tracée à la verticale.



C'est encore plus frappant quand les feuilles sont toutes jeunes: on dirait alors de fines calligraphies très déliées.




Suite de mes observations émerveillées: partout je vois le contraste entre lignes verticales et horizontales - horizontales des murs bas, des larges ouvertures sur l'extérieur, verticales des piliers, des hauts arbres, pins ou bambous.




Un autre contraste frappant dans l'architecture traditionnelle, surtout dans les temples, oppose espaces extérieurs et espaces intérieurs, ou plutôt les lie de façon fluide et constante -




parois coulissantes ouvertes sur le paysage humide, paravents et murs ornés d'arbres et de paysages sur fonds dorés, faisant écho à ceux de l'extérieur, passages couverts, mais ouverts, conduisant de bâtiment en bâtiment. Ce va-et-vient m'évoque une nouvelle fois les nuages et les formes positifs-négatifs, que je retrouve aussi dans les dessins des plans d'eau ou des jardins de pierre.




A la sortie du temple ci-dessus je m'arrête devant ce beau panneau




(qui veut dire précisément "sortie" - deguchi en japonais, ce qui me fait penser à Noguchi dont je parlerai une autre fois), et je suis frappé par le signe du haut qui m'évoque une version stylisée du porte-bouteille de Duchamp.

Il y a quelques jours un éditeur japonais m'a offert ce joli pin's que je ne quitte plus depuis lors, et qui intrigue fort ceux de mes interlocuteurs qui ne sont pas au courant de l'avatar artistique de cet objet.



Les urinoirs d'ici portent tous la sympathique marque "Toto". A propos de Toto j'ai dessiné il y a peu sa tête pour orner un bonbon traditionnel japonais.




Enfin, dans ma nouvelle chambre d'hôtel, je tombe sur ce singulier décapsuleur, et me dis que décidément tant de hasards rendent la vie belle, voire rrose.




Sans rapport avec tout ce qui précède, mais avec des évocations de toupies plus anciennes, celle-ci, achetée au marché ce matin, et qui se lance avec un petit fouet.




Enfin, deux architectures du jour: une petite maison pour les parapluies




et cette impressionnante vue d'Asakusa depuis ma chambre d'hôtel,




qui me rappelle assez les tables de l'exposition par temps de grande activité.

A demain.


Repost 0
Published by Paul Cox - dans paulcox
commenter cet article