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Des questions ?

Bienvenue sur ce blog, réalisé à l'occasion de l'exposition Jeu de construction, à la Galerie des enfants du Centre Pompidou, du 16 février au 9 mai 2005.

Grâce à ce blog, j'espère vous permettre de mieux comprendre mon travail, et surtout avoir la possibilité de dialoguer avec vous, et recueillir vos impressions.

Paul Cox

 

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12 mars 2005 6 12 /03 /mars /2005 00:00
J'ai passé l'après-midi à retravailler à ma maquette pour l'exposition de Tokyo. J'ai commencé par ranger toutes les petites reproductions imprimées au 1/20ème et à les trier par genre: peinture, graphisme, "multiples-uniques" (il s'agit d'une exposition où je compte montrer des travaux très divers, dans un accrochage assez foisonnant, qui évoquera davantage l'atelier que la galerie, il y aura beaucoup de papiers et d'affiches punaisés plutôt que des sages encadrements). Un ordre impeccable, comme celui-ci (qui ne durera que quelques instants!) me rassure toujours quand je commence à travailler, comme une palette proprement préparée avec toutes ses couleurs bien alignées (dans un instant, tout sera mélangé! - goûtons ce calme état provisoire):



J'ai ensuite coupé dans un papier épais des morceaux de la même dimension que les murs en carton,




afin d'y composer mon installation comme un collage ou comme une mise en page:




Puis j'ai scanné ces feuilles afin de pouvoir, à l'ordinateur et à l'aide de ma palette graphique, faire des simulations de "papier peint" (j'ai envie en effet d'habiller les murs d'un papier peint à l'avance, à Paris, ou alors de les peindre sur place, je ne sais pas encore - mais j'ai peu de temps pour l'accrochage: un jour)













 (les essais précédents sont de très grossières esquisses - le résultat final sera plus séduisant, j'espère!)
Une fois scannées, j'ai posé ces feuilles, avec tous leurs petits éléments collés, contre les murs de la maquette, que j'ai alors prise en photo sous toutes ses coutures



 
ce qui me permettra de faire de nouvelles simulations de "papier peint", plus réalistes que les précédentes:




Si je prépare l'exposition aussi précisément à l'aide de ma maquette, c'est que l'improvisation ne m'est pas vraiment permise, à cause du manque de temps d'une part, et surtout, d'autre part, à cause de l'impossibilité de transporter une masse énorme d'oeuvres et de matériel parmi lesquels je choisirais sur place. Me rassure la certitude que, venu le moment de l'accrochage, mille détails imprévus donneront à cette exposition un caractère plus riche et amusant qu'une simple éxécution de maquette.

Aujourd'hui, dans l'exposition de Beaubourg, j'ai eu la surprise de voir un pont, commencé hier, spectaculairement développé,



une sorte de pont des soupirs bariolé (et soupirs me fait songer à sourire, et sourire à ce joli mot imaginé par je ne sais plus quel écrivain - mes notes sont trop en désordre pour que j'en retrouve ce soir la trace - qui proposait à "sourire" le parallèle triste de "soupleur"). Le soir, peut-être en prémonition des rêves, mon esprit est toujours prompt à faire toutes sortes d'associations d'idées - le jour aussi, mais le soir c'est plus frappant - aussi "pleur", et l'Egypte récemment évoquée, et le petit pont (ou est-ce une pierre?) sur lequel mon personnage est assis, me suggèrent-ils de vous montrer cette image de "Mon Amour"




et aussi celle-ci




à propos de laquelle me revient en mémoire cette jolie image évoquée par Alberto Manguel dans son "Histoire de la lecture": celle de ce calife qui adorait tant lire qu'il ne voyageait jamais sans sa bibliothèque entière, et qui avait enseigné à ses chameaux, qui portaient ses livres, à marcher en ordre alphabétique.
L'amoureux transi montré ci-dessus me mène à celui reproduit ci-dessous



qui à mon tour me rappelle cette curieuse petite annonce vue un jour dans Le Provençal




A demain.





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12 mars 2005 6 12 /03 /mars /2005 00:00
Pour commencer, voici le détail de céramique craquelée que j'aurais voulu montrer hier à propos de Klee, mais que je n'avais pas trouvée, la cuisine étant trop bien rangée, au contraire du reste de la maison qui est en proie au plus désespérant désordre.



Le dessin que je montrais en conclusion hier -
le revoici en vignette - est extrait d'un de mes cahiers d'écolier. Il date de de 1969. Ce qui me frappe dans cette image, comme dans les autres pages de ce cahier, c'est qu'au bout de trente-six ans d'efforts soutenus et de volonté de changement je n'ai guère changé de technique ni de choix formels. Voici par exemple un dessin récent de molaire, extrait de mes "Oeuvres romanesques complètes" publiées chez Franck Bordas:



Vous me direz qu'il n'y a pas trente-six manières de dessiner des molaires (je pense que si). Voici un autre exemple:




que je trouve assez proche de celui-ci:




tiré de mon livre "Mon Amour"; ou encore celui-ci




que je ne trouve pas si éloigné de celui-là




Ce goût des cernes bleus, j'en avais trouvé l'encouragement (puisque nous en étions ces jours-ci aux références japonaises) chez Hokusai, qui les tenait, lui, d'une nouveauté technique de son époque: l'importation récente du bleu de prusse (auparavant, les cernes des estampes étaient gris).




Cela m'amuse de relever dans mes dessins, à tant d'années de distance, ces constantes formelles, qui me paraissent inversement proportionnelles à mon désintérêt profond pour toute idée, précisément, de continuité stylistique - si du moins il faut entendre par là la reprise volontaire de formes déjà expérimentées. Permettez-moi cette bordée de citations: "Il faut être beaucoup de choses" disait Picabia, puis: "Il faut être nomade, il faut traverser les idées comme on traverse les pays et les villes". Et Dubuffet, en réponse à une question de Valère Novarina: "Combien êtes-vous? - Tout homme est un gâteau feuilleté". Et encore Alexeï Brodovitch: "Why to (sic) eat bacon and eggs everyday?". Et enfin Montaigne: "Le monde n'est qu'une branloire pérenne: toutes choses y branlent sans cesse, la terre, les rochers du Caucase, les pyramides d'Egypte: et du branle public, et du leur. La constance même n'est autre chose qu'un branle plus languissant".

Dans de vieux carnets je retrouve souvent cette forme d'hélice:






(guère éloignée de la "Urform" de Arp que je citais il y a quelques jours: courbe, contre-courbe) et que j'ai traitée, sans penser à cette proximité avant ce soir, dans le tout premier tome des "Aventures d'Archibald le koala", '"Le Mystère de l'eucalyptus"):




et aussi dans mon livre "Animaux", déjà évoqué:



De la même manière, les méandres du bois ou du faux bois peint ou dessiné ont toujours eu mes faveurs: j'en trouve ainsi des exemples aussi bien dans les livres d'Archibald




que dans mon "Histoire de l'art"




et dans des dessins plus récents




et j'en ai aussi gardé cet exemple fort joli qui enveloppait l'autre jour les rillettes de canard achetées chez le charcutier:




Bref, je ne suis pas sûr que je change tant que ça, malgré l'intensité des efforts que je déploie!

Les dessins gribouillés au téléphone sont évidemment d'excellents révélateur de ces constantes profondes. Les miens ressemblent toujours plus ou moins à ceci:



Ce sera tout pour aujourd'hui!

Avant de conclure avec l'architecture du jour, voici l'état ce soir de ma maquette pour l'exposition de Tokyo:



étape très amusante - comme je conserve tous mes travaux soigneusement photographiés et archivés dans mon ordinateur, c'est un jeu d'enfant que de les imprimer à la bonne échelle, et de les placer sur mes murs de carton comme dans une maison de poupée.




A demain.


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10 mars 2005 4 10 /03 /mars /2005 00:00





Aujourd'hui jeudi, dit jour du jeu - je sais bien que ce n'est pas là l'exacte étymologie, mais il me plaît de me dire qu'il en est ainsi: le jeudi est mon jour de congé, par habitude d'enfant (quand j'étais petit, le jeudi était notre mercredi) et de préférence au dimanche ou au samedi, que j'aime consacrer au travail par goût du contraste avec ceux qui se reposent. Mais il y a bien longtemps que je n'ai pris un jeudi de congé: trop de retard dans tous les chantiers en cours.

Hier, devant les élèves de seconde, j'ai à plusieurs reprises cité cette phrase de Paul Klee: "Ce que je fais m'apprend ce que je cherche" (il y a longtemps, me semble-t-il, que je n'ai pas parlé du "Maître ignorant" de Jacques Rancière, alors je me permets au passage d'en citer ce petit morceau, que j'espère ne pas avoir déjà évoqué - auquel cas, voici mes excuses, mais comme ce passage est tout à fait stimulant, mon embarras serait moindre: "Qui cherche trouve toujours. Il ne trouve pas nécessairement ce qu'il cherche, moins encore ce qu'il faut trouver. Mais il trouve quelque chose de nouveau à rapporter à la chose qu'il connaît déjà".)
Or il se trouve que je dois demain rencontrer un journaliste charmant qui souhaite interroger quelques contemporains sur l'influence qu'a pu exercer sur eux Paul Klee. Klee m'intéresse à plusieurs titres, j'en reparlerai sûrement. Je me suis acheté récemment le joli petit livre qui reproduit ses notes de cours au Bauhaus et j'y ai lu comme une consolation que si ces notes existent sous une forme aussi claire et appréciable par le lecteur, c'est que Klee était si timide qu'il avait besoin de rédiger ses cours à la virgule près, et qu'il les donnait, nous apprend la préface, le dos tourné à ses étudiants!
J'aime beaucoup, chez lui, la notion de polyphonie (Klee était musicien, excellent violoniste, et n'a cessé de réfléchir aux concordances entre musique et peinture): je résumerai ici cette notion de polyphonie trop brièvement sans doute, mais en gros elle concerne ces compositions "à plusieurs voix", tableaux faits d'ensembles et de sous-ensembles, de mélodies et d'accompagnements, mais lisibles, au contraire de la musique, instantanément et simultanément, transcription en deux dimensions d'un monde à la fois spatial et temporel.
Ensembles, sous-ensembles, lignes principales et secondaires: j'ai trouvé un exemple de ces constructions dans le joli dessin aperçu hier sur le plan d'eau glacé dans le jardin à côté de la maison:



Cette hiérarchie des lignes, on en trouve souvent l'exemple dans les formes naturelles bien sûr, craquelures de céramique ou gerçures de terre séchée.

J'ai souvent cela en tête quand je dessine dans mes carnets:



Et j'ai en mémoire un magnifique exemple de dessin progressivement développé à partir de quelques lignes de départ: je pense à l'une des séquences du film de Clouzot où l'on voit Picasso dessiner - ou plutôt où l'on voit un dessin de Picasso en train d'être tracé. Je me suis inspiré de cela, très modestement - loin de moi l'idée de m'y comparer "le moindrement" (comme dirait Dubuffet), pour certaines séquences de mes "Dessins animés des meilleures intentions", et notamment pour celle-ci, qui en est le générique:




Ce sera tout pour aujourd'hui, c'est un peu plus court que les autres jours, mais il faut vraiment que j'avance sur l'affiche pour Prague et sur l'exposition de Tokyo. Alors voici, pour conclure, l'architecture du jour:




Les tasseaux doucement incurvés, dans cette construction, ressemblent à des toits de pagode inversés. J'ai lu quelque part que la courbe si caractéristique des toits asiatiques n'était pas le fruit d'une simple décision esthétique mais le résultat d'une donnée structurelle, la charpente faite de bambou souple fléchissant sous le poids des tuiles.




Et cet exemple de matériau qui dicte une forme me ramène à mon point de départ: "ce que je fais m'apprend ce que je cherche"!

Enfin puisqu'il est question, dans ma séquence de "Dessins animés des meilleures intentions", de trou de serrure, et dans le paragraphe précédent, d'architecture et d'Asie, il me vient à l'esprit la synthèse suivante: ces mystérieuses constructions, tertres funéraires que l'on trouve au Japon, en forme de trou de serrure:



Et je poursuis mon enchaînement d'associations d'idées en me souvenant d'un trou de serrure que j'ai représenté dans mon "Histoire de l'art"




et aussi de ceci,




dont je ne vous livre pas pour l'instant l'explication, mais que je vous commenterai demain.

At tomorrow, donc.






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9 mars 2005 3 09 /03 /mars /2005 00:00



Ce matin, devant des élèves de seconde, j'ai parlé de mon travail, à l'invitation de Flore, qui souhaitait que nous évoquions la définition de l'art - la mienne en particulier. Comme je le laissais entendre hier, je n'ai pas une idée très précise sur la question. J'ai néanmoins sérieusement préparé ma prestation, jugeant l'affaire trop sérieuse pour m'en remettre à la seule improvisation. Comme toujours, j'ai commencé par noter mes idées en vrac sur mon carnet, puis j'en ai découpé les feuilles en languettes que j'ai déplacées et redéplacées sur mon bureau jusqu'à l'obtention d'une construction à peu près agréable, que j'ai alors collée sur de nouvelles feuilles. J'ai apporté ces dernières à l'école pour me servir de guide.




Evidemment, comme toujours, dès les premiers mots prononcés, je me suis vite écarté de ce plan, qui ne m'a donc servi à rien sur-le-champ, mais qui m'avait aidé, la veille, à mettre mes idées au clair.

Outre ce plan, j'avais amené sur mon vélo, chargé comme un pauvre âne, de quoi étayer mon exposé de quelques preuves visuelles.



Mais mon vélo ne permettant pas le transport d'oeuvres très nombreuses, et ne disposant pas sur place du moyen d'en projeter, j'ai tenté de décrire tant bien que mal ce que je ne pouvais montrer, songeant, pour me donner du coeur à l'ouvrage, à mon cher Moholy-Nagy dictant par téléphone son tableau à l'entreprise chargée de le fabriquer.
Quant à la définition souhaitée, ce fut plutôt une mosaïque de nombreuses citations, celle de Schwitters, donc, citée hier, à propos du mot Merz qui "aura dorénavant le sens que je lui donnerai au fur et à mesure", celle, si jolie, de Robert Filliou, selon qui "l'art, c'est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art", et enfin la mienne: "un peu plus qu'hier, un peu moins que demain".
La classe dans laquelle je me trouvais



me rappelait fortement celle-ci, dessinée dans mon livre "Cependant... (le livre le plus court du monde)"




(image où je retrouve une nouvelle fois ces petites lampes vertes, véritable obsession!, semblables à celles qui éclairent l'exposition).

L'aspect point de croix, utilisé pour ce livre, dont je reparlerai plus longuement une autre fois, est sûrement un souvenir des livres-collages de ma grand-mère, remplis de reproductions de broderies:



Et un mot, puisque je parle d'influence, de cette image, montrée hier:



Je me souviens qu'à l'époque où j'ai fait ce livre je lisais beaucoup de choses sur l'art graphique japonais et que pour cette image je m'étais directement inspiré de la technique de représentation perspective dite "du toit éclaté", quelque chose comme ceci:

 

(je n'ai pas trouvé exactement l'image que je voulais, mais il s'agit d'un procédé de ce genre, permettant de montrer, de l'extérieur, l'intérieur d'une maison en en ôtant une paroi).

L'art japonais a aussi nourri mon goût pour les stries:



(là non plus, je ne trouve pas précisément l'image que j'avais en tête, la maison est trop en désordre!, mais ce détail est tout de même bien beau - il s'agit de Hiroshige). Et voici quelques stries tirées de mon livre "Histoire de l'art":




J'y ai trouvé aussi encouragement pour mon amour des dégradés




Voici un tableau assez récent, assez grand, peint au pistolet:




Et enfin j'y ai trouvé mon goût pour les nuages positifs-négatifs




comme ceux-ci, dessinés dans mon "Histoire de l'art" également:




Et puisque cette dernière image fait référence, dans sa légende, à l'Egypte, et que dans ces lignes il est souvent question de codes et d'alphabets (les hiéroglyphes ne sont pas loin), j'en profite pour vous donner des nouvelles de l'attachant héros avec lequel nous avons fait connaissance avant-hier:




Je vous avais promis ce jour-là de vous donner le résultat de la traduction automatique du sonnet de Shakespeare, la voici:


Will I compare to you with the day of summer?
You are more tender and much more moderate:
Winds violent one shake the dear buttons of May
And the lease of the summer is too close to the term;

Sometimes too hot the eye of the sky is brilliant,
Often tarnished its gilded complexing,
Any beauty sometimes decreases by beauty,
By chance, or damaged with the changing course of nature;

But your eternal will not fade be,
Nor will lose possession of this beautiful which you have,
And will not praise the death which you wander among his shade, When in eternal rhymes through time you grow;

As long as the men will breathe and as long as the eyes will see, Also a long time this will live, this will give life to you.

Et voici, pour comparaison, le texte de Shakespeare:

Shall I compare thee to a summer's day?
Thou art more lovely and more temperate.
Rough winds do shake the darling buds of May,
And summer's lease hath all too short a date.
Sometime too hot the eye of heaven shines,
And often is his gold complexion dimm'd;
And every fair from fair sometime declines,
By chance or nature's changing course untrimm'd;
But thy eternal summer shall not fade
Nor lose possession of that fair thou ow'st;
Nor shall Death brag thou wander'st in his shade,
When in eternal lines to time thou grow'st:
So long as men can breathe or eyes can see,
So long lives this, and this gives life to thee.

On peut donc observer que contre toute attente la machine à traduire est plus à l'aise dans Shakespeare que dans la langue courante d'aujourd'hui, car je trouve cette dernière proposition beaucoup moins calamiteuse et nettement plus poétique que celles de l'autre jour.
Un mot encore: je n'ai pas résisté, comme je l'annonçais, à réalimenter la diabolique machine avec son propre texte; voici donc, avant de conclure sur ce pénible sujet, les deux dernières strophes du sonnet retraduites automatiquement en français à partir de la traduction automatique en anglais de la traduction manuelle originelle de Pierre-Jean Jouve (ouf, stop, pitié!):

Été de éternel de tonne de flétrira de Se de Ne de Mais, ombre de fils de parmi d'erres de tu de que de mort de La de vantera de Se de tu de que de beau de Ni perdra possession de ce comme, et de Ne, grandiras de tu de temps de travers de à de éternelles de rimes d'en de quand ;
Le respireront de hommes de les de que de Tant et le verront tant de yeux de les de que, vivra de ceci de longtemps d'aussi, donnera de ceci luttent le toi de à.



Ce sonnet, je l'ai découvert et aimé il y a bien longtemps, et je viens de retrouver ce vieux carnet (il date de 1989) où j'en avais retranscrit à ma façon les premières lignes:






Et voici, enfin, l'architecture du jour.




A demain.












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8 mars 2005 2 08 /03 /mars /2005 00:00
Hier je montrais une magnifique plaque de rue dénichée par Alain Goulesque à Valenciennes. En voici deux autres trouvées par mes soins, l'une à Ivry, l'autre à Montreux, près du lac.



Hier je parlais aussi d'héliotropes. Comme j'aime beaucoup ces fleurs (les tournesols) - Van Gogh et Tintin ne sont pas étrangers à cet amour, ni Ogata Korin à celui pour les iris - je les ai mis en scène pour rythmer le temps d'un de mes livres déjà assez ancien: "Le Secret du parfum chinois", l'un des tomes des "Aventures d'Archibald le koala".

Voici leur évolution au fil des pages:



Les pages ne sont d'ailleurs pas marquées d'un numéro seulement, mais aussi d'une horloge (c'était un petit tampon articulé que j'avais confectionné, et dont je pouvais bouger les aiguilles): on progresse de demi-heure en demi-heure - le livre compte 38 pages: l'histoire se déroule donc en 16 heures, commençant le matin et finissant le soir.






D'autres indications de temps rythment ce récit d'un jour: au début, au petit matin, un fêtard rentre chez lui;




A la fin, c'est le soir, il sort passer la nuit dehors.`




Il y a aussi une chenille qui devient papillon, fait une rencontre puis une petite chenille.






Le goût de ce genre de détails a été nourri de ma lecture attentive et souvent reprise du génial Petzi (à propos d'Egypte, et du roman évoqué hier, je recommande vivement "Petzi aux pyramides"), où deux tout petits personnages secondaires, une tortue nommée Caroline et une grenouille dont j'ai oublié le nom, vivent des aventures cocasses sans lien direct avec le reste des images.
Enfin, puisqu'il s'agit d'une enquête où un détective (Archibald) suit une piste, on voit effectivement une piste, sous forme de pointillés (que j'affectionne!), se dérouler de page en page



(les procédés de ce genre que l'on trouve à foison chez Tex Avery et qui mettent en lumière les constituants du dessin animé ne sont évidemment pas étrangers à mon inspiration).

Et encore ceci, à propos du même livre - comme, on l'aura deviné, j'aime bien les titres, et en jouer - donc celui-ci, "Le Secret du parfum chinois", n'a aucun rapport avec l'histoire, sinon qu'il s'agit du titre d'un roman qu'un personnage secondaire écrit pour séduire une jeune fille, et qui n'apparaît que dans le détail ci-dessous:



Voilà tout pour aujourd'hui; c'est un peu bref mais j'ai été fort long hier, et puis il faut encore que je prépare une petite parlotte que je dois faire demain devant des élèves de seconde, à l'invitation de Flore, qui aimerait que je leur dise ma définition de l'art en général et de l'art contemporain en particulier. Profondément touché de cette invitation, mais un peu pris de panique devant cette question à laquelle je ne suis pas sûr d'avoir de réponse, je me cacherai peut-être derrière la définition que donnait Kurt Schwitters de son mot "Merz": "Le mot Merz a désormais la signification que je lui donnerai au fur et à mesure".

Et voici deux constructions du jour. un mystérieux équilibre, et un subtil amortissement d'angle.



A demain (demain, c'est promis - maintenant il est un peu tard - je vous donnerai le résultat de le traduction automatique du sonnet de Shakespeare - mais je peux vous dire déjà qu'elle est remarquable).


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7 mars 2005 1 07 /03 /mars /2005 00:00

"I smell myself like rabbit" - cette curieuse phrase anglaise, je vous en dirai plus long dans un instant - mais pour l'heure: si je me sentais tel le lapin d'Alice l'autre fois, aujourd'hui je me sens plutôt comme l'escargot que je vous présentais le même jour: "I smell myself like snail". En effet j'ai le sentiment que mes projets n'avancent pas, tant j'en suis au stade des lentes et besogneuses préparations. C'est une chose que j'ai mis beaucoup d'années à comprendre: que les travaux les plus réjouissants impliquent toujours une bonne part de peine, et que tous sont faits de hauts et de bas, d'accélérations et de lenteurs. Ce sentiment est souvent accru par la fragmentation de mes jours en plusieurs tâches menées de front, particulièrement lorsque ces tâches en sont toutes au même stade de lent avancement.
Dans ces circonstances je pense souvent à une sorte de dicton que l'on me disait lorsque j'étais enfant (peut-être un proverbe hollandais) et selon lequel "même un petit brin d'herbe projette une ombre": cela me rassure sur l'utilité de ces ingrates étapes.
Aujourd'hui, par exemple, j'ai passé de longues heures à couper la toile destinée à ma Toile de Jouy - comme le montre cette petite photo, l'immense rouleau à débiter n'était pas très maniable - et maintenant je suis tout à fait épuisé.



Puis il a fallu régler quelques questions liées à la trame que l'on choisira pour imprimer cette toile.

Voici un détail de la photo de départ (il s'agit, comme vous vous en souvenez peut-être, d'inscriptions amoureuses sur un arbre)



et voici sa tranformation par la trame choisie (c'est donc un "éclatement" du dégradé continu de l'image photographique en une constellation de points plus ou moins gros qui permettront la bonne impression de l'image en sérigraphie sur mon support de toile à grain moyen).



Ce beau tramage grossier m'a fait penser aux tableaux d'un artiste américain que j'aime beaucoup, Christopher Wool, qui mélange peinture et motifs sérigraphiés. Christopher Wool m'intéresse beaucoup aussi pour les livres qu'il publie à l'occasion de ses expositions - ce ne sont jamais des catalogues de facture traditionnelle, mais des livres très inventifs - j'en ai un, par exemple, tout en noir et blanc, où les tableaux ne sont pas photographiés de face et proprement détourés sur fond blanc comme on le fait d'habitude, mais saisis dans une ambiance d'atelier, posés contre les murs. C'est toujours très beau.

Enfin j'ai travaillé encore quelques heures à l'affiche pour Franck Bordas, et j'ai testé diverses choses: un plan de Prague en fond (sur la suggestion de Franck), ou encore l'ajout de ces deux arbres, que je vous montrais l'autre jour, et qui l'un et l'autre ne me semblent pas sans rapport avec l'idée de reproduction.



A ce stade de mes esquisses, pour les affiches, je travaille généralement ainsi, sur des calques en Photoshop, avec mon sempiternel bonhomme de dos, homme sans qualité qui ne me dérange pas tant je suis habitué à sa présence, et qui me fournit utilement l'échelle dont j' ai besoin.
A propos d'arbres, et des parades amoureuses que j'évoquais hier, et encore de phototropisme (qu'un lecteur expliquait l'autre jour pour corriger mon hypothèse erronée sur la croissance des arbres): j'observe tous les jours lors de ma promenade matinale la lente manoeuvre d'approche de ces deux-ci (dont j'ignore l'essence - voir plus bas - des orang-outangs peut-être?)



et j'admire quotidiennement la belle preuve d'amour que représente tant de patience. L'attrait de l'aimé l'emporte nettement, dans leur cas, sur celui du soleil.
Dans mon gros dossier "IDL" (Idées De Livres) dont j'ai déjà parlé, je crois, je tiens une longue liste de titres à traiter un jour. A propos de ...tropisme, et d'héliotropes, qui veut dire, je crois, tournesols en langage savant, j'ai pensé à raconter "Les Aventures d'Eliott Rope" (un peu plus loin j'ai noté qu'il faudrait songer à celles du peu ordinaire Pacôme Lésôtre, ou encore de "Pica, le petit typographe bègue" - le pica étant une unité de mesure en typographie).






Hier, je suis tombé par hasard sur un site vraiment divertissant, qui propose la traduction immédiate, apparemment, du présent blog. Cette immédiateté est permise, j'imagine, par un procédé de traduction automatisée. Du moins je l''espère, car les textes qu'on y lit seraient , sinon, d'un traducteur particulièrement désinvolte. En tout cas, j'ai mis, là, la main sur un extraordinaire filon de poésie involontaire. En voici quelques perles (et aussi l'origine de ma phrase d'introduction à ces mots) - je donne entre parenthèses la phrase d'origine:
- "find there beautiful trees, I am unaware of the gasoline, whose trunk is white as that of the birches" (or se trouvent là de beaux arbres, dont j'ignore l'essence, dont le tronc est blanc comme celui des bouleaux)
-"Run in all the directions today, lost to tell the truth not badly of time, in any case I smell myself enough like rabbit of Alice" (Couru dans tous les sens aujourd'hui, perdu à vrai dire pas mal de temps, en tout cas je me sens assez comme le lapin d'Alice)
-"these words of Faust de Goethe: "Urgent stops, you are so beautiful" (and this recalls me this amusing paradox suggested by I do not know more which philosopher: "Urgent, one moment stops"!)" (ces mots du Faust de Goethe: "Instant arrête-toi, tu es si beau" (et ceci me rappelle cet amusant paradoxe proposé par je ne sais plus quel philosophe: "Instant, arrête-toi un instant"!).)



Ceci me donne naturellement très envie de tester l'expérience suivante (excuse-moi, traîtresse machine traductrice!): je vais écrire ci-dessous ces vers d'un sonnet de Shakespeare (le 18ème, mon préféré), dans la belle traduction de Pierre-Jean Jouve.

Irai-je te comparer au jour d'été? Tu es plus tendre et bien plus tempéré: des vents violents secouent les chers boutons de mai et le bail de l'été est trop proche du terme;
Parfois trop chaud est brillant l'oeil du ciel, souvent ternie sa complexion dorée, toute beauté parfois diminue de beauté, par hasard, ou abîmée au cours changeant de la nature;
Mais ne se flétrira ton éternel été, ni perdra possession de ce beau que tu as, et ne se vantera la mort que tu erres parmi son ombre, quand en rimes éternelles à travers temps tu grandiras;
Tant que les hommes respireront et tant que les yeux verront, aussi longtemps ceci vivra, ceci donnera vie à toi.

Demain nous verrons ce qu'en a fait la machine, et je comparerai avec le texte d'origine. Cela est sans doute un peu facile, certes, et a-t-il déjà été fait maintes fois - mais je n'y résiste pas. Et peut-être, selon le résultat obtenu, pourrais-je demain traduire ces nouveaux vers en français pour constater après-demain ce que nous offrira une seconde désinvolte traduction. Dans quelques jours sûrement, par la grâce de ce mystérieux alambic, obtiendrons-nous un texte d'une absolue étrangeté.
L'intérêt douteux de ce site traducteur me fait songer aux belles "Machines inutiles" de Munari, ou encore aux folles entreprises des scientifiques décrits par Swift dans Gulliver à Laputa.



A propos de Swift, j'improvise cette parenthèse pour recommander l'extrêmement joli livre d'Estelle Lemaître "Swiftitudes. De la rapide consolation d'un chagrin d'amour" où, entre autres mille bonnes choses, il est question de Raymond Hains, qui est à l'association d'idées ce que Mozart est à la musique (j'écoute La Clémence de Titus une nouvelle fois - en boucle l'air divin de Publius dans l'acte 2: "On tarde à s'apercevoir/ de la trahison/ quand on n'a jamais/ manqué de loyauté./ Il n'est que naturel/ qu'un coeur sincère/ et plein d'honneur/ croie tout autre coeur/ incapable/ d'infidélité.").



Et puisqu'il est question de recommandations de lectures, celle-ci encore, impérative: le très remarquable livre de Cécile Guilbert sur Sterne, "L'Ecrivain le plus libre" (où l'on apprendra, entre mille autres choses, dites de mille façons habiles, que Sterne vécut à Coxwold).
Je trouve toujours amusant de savoir ce que les gens lisent - ce sera donc mon excuse pour vous faire ces recommandations. J'ai par exemple dans ma bibliothèque un catalogue très intéressant sur Robert Smithson où figure en appendice l'inventaire exhaustif de sa bibliothèque et de sa collection de disques - ce qui apporte sur l'oeuvre de Smithson un éclairage vraiment intéressant. De même, une exposition sur Le Corbusier, il y a de nombreuses années (au beau titre "Les Objets à réaction poétique") montrait les livres de sa bibliothèque, où l'on pouvait voir les annotations qu'il y avait portées.
Cette évocation de Le Corbusier me permet de parler un instant de mes ânes - on connaît sa phrase: "La rue courbe est le chemin des ânes, la rue droite le chemin des hommes", que je livre à votre méditation, n'en saisissant pas l'intérêt dans l'instant.



Enfin, et pour en terminer avec les traductions, voici mon tout premier livre publié (en tant que traducteur, certes) et en quelque sorte mon premier livre d'artiste (passé, alors, tout à fait inaperçu de la critique) - non, je plaisante, c'était mon gagne-pain à l'époque (c'était il y a plus de vingt ans), activité de traducteur de romans roses, rapidement effectuée en quelques heures le matin, et qui m'a permis de consacrer les heures restantes, pendant des années, à des livres plus personnels, et surtout à des tableaux, et à tout le reste...



Cela me consolait largement de l'ingratitude de cette tâche (et je me consolais également en me donnant souvent dans ces ouvrages le beau rôle):














Enfin voici l'ouvrage du jour, un élégant pont:



J'adore les ponts, que j'ai souvent souvent dessinés ou peints:








At tomorrow! comme dit mon cher traducteur automatique.
A demain!
J'y ajouterai ceci, extrait de la très utile "Langue anglaise en 30 leçons suivie d'un manuel de conversation courante appliquée aux règles" de Georges Guilaine et Léon Marissiaux (professeur à l'Ecole Supérieure de Commerce à Paris):




Je reçois à l'instant cette image incroyable d'Alain Goulesque, que j'inclus immédiatemment à cet envoi, accompagnée de ses jolis mots:




"Une rue, au hasard de notre cheminement, qui, tout à coup, favorise nos
esprits préparés, à Valenciennes, dimanche matin, 12h45. J'imagine l'inauguration de la rue, le maire, les notables, la fanfare tout ce que tu aimes dans un faste déploiement de "sens", mais là, il s'agit d' aller bien au delà du banal, il s'agit d'atteindre le profond, l'insondable, l'incommensurable, le brutal même... LE PROFOND SENS.... et y a pas seulement que de la pomme!!! y a des clients qui pourraient devenir aveugles... ça pourrait flinguer les incrédules...Faut arrêter la fabrication!"

(le cinéphile aura apprécié la culture de l'honorable correspondant, et sa référence aux Tontons flingueurs).

A demain!








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7 mars 2005 1 07 /03 /mars /2005 00:00




Encore un mot sur la notion de multiple unique évoquée hier au sujet de l'affiche pour l'atelier Franck Bordas. Je montrais il y a quelques jours une grande lithographie murale intitulée "Tristram",

constituée d'un même motif de stries et d'aplat diversement et aléatoirement mis en couleurs. Le tirage entier de l'estampe, c'est-à-dire la totalité des épreuves imprimées - épreuves toutes différentes les unes des autres-, forme ensemble la pièce unique "Tristram". J'aime bien utiliser ainsi les moyens de reproduction pour produire quelque chose de nouveau plutôt que pour simplement reproduire une image à l'identique.
Dans le même genre d'idée, j'ai exposé récemment chez Eric Seydoux une série d'impressions au pochoir sur papier et plastique intitulée "Parades amoureuses":





Chaque parade était faite de quatre parties imprimées à partir d'un même pochoir, répété tête-bêche et/ou inversé:








La parade amoureuse ou nuptiale est un thème que j'aime beaucoup et que j'ai l'intention de traiter encore. Je l'ai utilisé, parfois, pour des illustrations, comme ici, pour un magazine dont la page de titre portait les mots "First things first" ("Il faut commencer par le commencement").



Ces étranges danses sont souvent comiques: aucun succès pour ce jeune homme, observé ce matin - gracieux, aussi agréable à l'oreille qu'à l'oeil, rien à faire pourtant: elle s'envole!




Et voici quelques autres couvertures pour le même magazine.




C'était un exercice difficile, car il y avait toujours une étrange phrase de titre, dont je ne savais pas la raison d'être, et qu'il fallait plus ou moins illustrer sans plus d'informations (techniquement: ce sont des dessins à la plume, scannés puis mis en couleurs à l'ordinateur, méthode qui me plaît pour la grande maîtrise qu'elle permet quant au rendu des couleurs).




Je ne serai pas beaucoup plus long aujourd'hui car il est vraiment fort tard (j'ai passé mon dimanche à préparer la maquette en voluime pour l'exposition de Tokyo).



C'est toujours un peu long, de construire une maquette, mais cela facilite grandement le travail, qui peut ensuite se faire très rapidement: il ne reste plus qu'à remplir, maintenant, les petites salles en carton (cela dit, c'est la première fois que je prépare une maquette d'un endroit que je n'ai jamais vu en vrai). J'utilise toujours la même figurine très neutre d'un homme vu de dos et en costume sombre, dont j'ai une collection à toutes sortes d'échelles (la maquette pour Tokyo est au vingtième, ce qui est assez encombrant).

Je parlais hier d'une exposition dans la librairie de Florence Loewy; voici, pour comparaison avec les photos que j'en montrais, la maquette:



et en voici une autre encore, pour une exposition que j'ai faite il y a peu de temps aux Beaux-arts de Nantes - je dois dire que j'avais pris très grand plaisir à construire celle-ci avec sa vitrine miniature et que je suis assez fier du résultat!








Et voici la construction du jour: je vous en montre six vues, une seule image ne suffisant pas à rendre la belle complexité de cette mégalopole.



A demain.










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6 mars 2005 7 06 /03 /mars /2005 00:00
Je viens de passer un samedi vraiment studieux: j'ai d'abord réfléchi à l'installation pour l'exposition de Tokyo - j'ai très envie de réaliser une sorte de papier peint comme celui que j'avais fait l'an dernier chez Florence Loewy





 
(à Tokyo il s'agira également d'une exposition assez foisonnante et fourre-tout, d'où l'idée de poser en arrière-plan sur le mur un motif global pour servir de lien entre les oeuvres et les périodes différentes, d'aspect assez disparate). Le papier peint chez Florence était réalisé au pistolet sur du papier affiche, très facile à coller sur le mur avec de la simple colle à papier peint. En fond de mes taches colorées j'avais dessiné un motif de zigzags en hommage à Töpffer, à l'aide d'un pinceau à poils très longs, pinceaux destinés jadis aux dessinateurs de lettres, et qu'affectionnait beaucoup de Kooning pour leur tracé souple et fluide.

Ensuite, ce soir, j'ai travaillé à une affiche pour une exposition que mon ami Franck Bordas présente à la fin du mois à l'institut français de Prague, exposition qui réunit un certain nombre des réalisations de son atelier de lithographie et d'impression numérique - j'ai eu l'idée de ceci qui, utilisant le monogramme "FB", évoque le caractère ambivalent de toute édition, unique et multiple à la fois:



L'affiche accompagnera aussi le tirage de tête du catalogue de l'exposition - d'où l'idée de la plier en 12, et de l'utiliser comme jaquette:





 Demain je parlerai un peu plus longuement de cette notion d'unique-multiple.
Mais comme il est déjà fort tard (je le commence toujours trop tard, ce blog, à l'heure où les honnêtes gens ronflent depuis longtemps!), je vais m'arrêter là, mais avant cela je voudrais vous proposer deux images d'Edward Lear dont j'avais promis, il y a quelques jours, de parler bientôt, et dont je vous promets aujourd'hui de reparler sous peu - j'en ai choisi une où il est question de lapin, puisque c'est le jour où je parlais de cet animal que le citais (il m'a toujours semblé que c'était un plaisir assez sophistiqué, sur le plan conceptuel, que de lire Lear en écoutant du Lou Reed - je confirme cette intuition, car c'est ce que je fais en ce moment même):






La deuxième image est extraite de l'amusant "Nonsense botany", ce qui me permet la transition avec l'image suivante, affiche d'une exposition à laquelle j'ai participé à l'invitation de l'excellente Géraldine Alibeu qui fait les merveilleux livres pour enfants que l'on sait.




Enfin, je ne résiste pas à vous faire partager la poésie de ce slogan qui vante le chocolat que je déguste en écrivant ces lignes, slogan que j'emprunterais volontiers pour ma propre épitaphe, en prenant soin d'en modifier la date, évidemment:




Et voici l'architecte du jour:




A demain.

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5 mars 2005 6 05 /03 /mars /2005 00:00
Il est grand temps que je réponde à quelques commentaires obligeamment apportés par mes lecteurs à ces rêveries quotidiennes. Je voudrais surtout citer, pour qu'il soit bien visible, celui-ci, qui apporte une correction importante à ce que je disais page 9 (ou chapitre? ou jour? il me faut trouver encore un nom approprié) à propos de la croissance des arbres (ou du moins de ce que j'en affirmais) comme échappée oblique résultant des poussées contraires de la croissance et de la gravitation.



J'ai été bien péremptoire en effet, et ce lecteur a bien fait de rappeler que "ce n'est pas la gravité qui modèle ainsi la croissance des arbres, mais la recherche de la lumière. La ramure de l'arbre n'a pas d'autre objet que d'offrir le maximum de surface foliaire au soleil et ainsi augmenter la photosynthèse. La recherche de la lumière comme orientant la croissance d'un végétal est appelée "phototropisme" : c'est ce qui fait qu'un arbre qui pousse dans un coin ombragé va se tordre vers la lumière".

Merci beaucoup, donc, pour cette précision, et pardon pour mes âneries (oh! le joli mot! et une pensée pour mes pauvres ânes qui broutent, loin de moi, dans la neige).



Dans la même livraison je parlais aussi de la progression curviligne des cours d'eau. J'ai retrouvé entre-temps ces photos que j'avais prises en avion en route pour le Japon (je ne sais pas quelle région nous survolions)



 



en tout cas je trouve ces rivières très belles, et fort proches des images de manuel de géographie que l'on a tous, je pense, en tête.




Ces méandres et volutes me ramènent une nouvelle fois à Laurence Sterne, et à ce joli tracé, dans "Tristram Shandy", décrivant un moulinet effectué avec sa canne par le caporal Trim.




J'en profite pour vous montrer cette curiosité de ressemblance formelle par-delà les siècles, il s'agit d'une page de "Point, ligne, plan" de Kandinsky




qui ressemble étonnamment au dessin de Sterne (mais Kandinsky est aussi sérieux que Sterne est facétieux!).

Peut-être Sterne avait-il en tête la "ligne de beauté" de son contemporain William Hogarth (dont on connaît la postérité, jusqu'à la matissienne arabesque)

 




(la première image est une planche de "L'Analyse de la beauté" de Hogarth, la seconde son frontispice - l'amateur de contrastes se réjouira de celui qui oppose les angles de la pyramide à l'ondoiement serpentin de la ligne).

Je me permets une parenthèse sans rapport avec ce qui l'entoure: je viens de retrouver ce beau flanc de cagette.



J'en faisais collection, dans le temps. Un de mes premiers livres, que voici




avait d'ailleurs une couverture en bois imprimée chez un fabricant de cagettes. Fin de la parenthèse.

Enfin je veux vous donner des nouvelles du coton fripé pour mon projet de Toile de Jouy. Non seulement il a sagement repris sa forme et sa planéité originelles, mais encore, en le retournant, j'ai découvert la beauté de l'effet obtenu par le passage de la peinture, une acrylique très liquide, au travers des fibres,



effet que je me promets d'utiliser pour de prochaines peintures. J'adore ce genre d'accidents heureux, le hasard, comme on dit, faisant bien les choses (souvent bien mieux, en tout cas, que moi). Et à propos de hasard, j'aimerais citer cette jolie phrase de Pasteur, que je dois à mon ami Alain Goulesque:" Dans les champs de l'observation le hasard ne favorise que les esprits préparés".

Enfin voici deux architectures du jour, l'une dans le genre simple, l'autre dans le genre un peu plus compliqué.



A demain.

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4 mars 2005 5 04 /03 /mars /2005 00:00




En chemin ce soir vers Beaubourg pour prendre mes photos quotidiennes des constructions du jour (j'y vais toujours à vélo, et ce soir il neige), j'ai photographié ces jolies traces de pneus sur la piste cyclable qui longe le Grand Palais.



Cette image m'évoque, en version écologique, la fameuse impression de pneu de voiture réalisée par Rauschenberg avec John Cage, et aussi une belle photographie de Moholy-Nagy, prise à Chicago en 1938, montrant un parking vu de haut et de beaux écheveaux de traces de pneus dans la neige.

J'ai depuis longtemps l'idée de faire un tableau avec des traces de pneus de vélo. Peut-être, si j'ai le temps, le réaliserai-je pour l'exposition à Tokyo le mois prochain. Ou peut-être en ferai-je un papier peint.



On pourrait aussi imaginer la même chose, très simple, avec des traces de pas, et ce serait un hommage à "Mon Oncle" de Tati (je pense évidemment à la jolie scène avec les traces de pas plâtreux sur les murs de la salle d'attente de l'usine Plastoc).

J'aime énormément Moholy-Nagy. Il avait éveillé ma curiosité, adolescent, quand j'étais tombé sur un texte (que je n'ai jamais retrouvé) où il expliquait que la plus belle exposition à ses yeux était celle qui montrait non des chefs-d'oeuvre mais un parcours et une évolution. Dans un de ses livres, "Vision in motion", où entre autres choses il analyse les aspects négatifs de la spécialisation (ce qui n'est pas pour déplaire ni sans rassurer le touche-à-tout que je suis!), il conclut en invitant à transformer l'utopie en action - beau souhait. J'ai rendu un très modeste hommage à ce génial autodidacte-expérimentateur-tous-azimuths en utilisant, pour tracer les textes de mon livre "Coxcodex 1", un stylo dont il a conçu le design en 1946, le fameux Parker 51,



dont le beau dessin est resté inchangé, je crois, depuis sa conception.

Un projet qui m'attend pour bientôt - des décors pour un ballet (Casse-Noisette) à réaliser avant l'été - m'amènera à me replonger dans Moholy et à vous en reparler - car Moholy a créé de superbes scènes, notamment pour les Contes d'Hoffmann et pour Madame Butterfly.







Aujourd'hui dans l'exposition m'est revenue en mémoire la prodigieuse exposition Tinguely qui avait eu lieu au Centre il y a une dizaine d'années, je crois. Je me souviens notamment d'une salle où une machine à lancer des ballons attirait les jeunes visiteurs en grand nombre. Il s'agissait, si je me souviens bien, d'attraper ces ballons et et d'en réalimenter la folle machine jusqu'à leur prochaine expulsion - le tout dans un périmètre délimité par des filets pour éviter que les ballons ne s'égayent dans les autres salles.
Alain, qui a si savamment réglé les lumières de mon Jeu de construction, me racontait qu'il avait travaillé sur cette exposition et qu'il était resté assez lié à Tinguely. Quelle chance! J'ai pour l'oeuvre de Tinguely la plus vive admiration - je vais souvent, à Bâle, prendre de l'énergie dans la gigantesque machine pénétrable installée dans son musée. Et j'ai une passion pour ses affiches et ses lettres faites de collages constitués de délicats brics et de brocs.
Tinguely disait que quand en se levant il avait envie de réaliser une idée, ce simple désir lui paraissait suffisant pour se mettre à l'ouvrage, sans plus penser à la pertinence ou à l'intérêt profond de son idée. J'aime cette apparente désinvolture attentive à l'envie et à l'intuition. Je ne sais pas si c'est ce que voulait dire Montaigne avec cette phrase inscrite à son plafond "La vie la plus douce, c'est de ne penser à rien", en tout cas j'aime bien cette phrase, elle me fait penser à Tinguely, et je l'ai choisie pour titre d'une exposition récente chez Eric Seydoux, dont voici le carton:





Cette phrase paradoxale (pour l'inventer, il a fallu penser, donc faire le contraire de ce que l'on prône!) n'est pas éloignée de la fameuse note de Kant dans son journal: "Penser à oublier Lampe" (Lampe était le nom de son domestique de toujours, qu'il venait de congédier, ou qui venait de mourir, je ne sais plus).

J'arrête là pour aujourd'hui, mais je veux encore vous donner, comme promis, des nouvelles de ma toile fripée d'hier, qui, par chance, s'est pendant la nuit tout à fait retendue et remise à plat - donc je peux avancer sereinement vers l'étape suivante de mon projet de Toile de Jouy: l'impression, dont je vous raconterai l'avancement.
Et puis comme chaque jour voici une construction qui m'a particulièrement plu - en fait il y en avait tant qu'exceptionnellement je vous en propose quatre: un pont, une cabane en porte-à-faux, une bizarrerie, et un pavillon avec une sorte de télévision sur un guéridon.






A demain.

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