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Des questions ?

Bienvenue sur ce blog, réalisé à l'occasion de l'exposition Jeu de construction, à la Galerie des enfants du Centre Pompidou, du 16 février au 9 mai 2005.

Grâce à ce blog, j'espère vous permettre de mieux comprendre mon travail, et surtout avoir la possibilité de dialoguer avec vous, et recueillir vos impressions.

Paul Cox

 

Ps : N'hésitez pas à laisser vos commentaires, ils seront validés au plus vite !

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Jeudi 24 mars 2005 4 24 /03 /Mars /2005 00:00
J'ai vécu hier une belle suite de hasards objectifs. Après avoir passé la journée en compagnie d'Alain Goulesque qui vit une relation compliquée avec ses clefs (il en transporte tant dans ses poches, et l'école d'art, qu'il dirige, compte tant de portes, qu'il est tout excusé - je pensais à ce personnage dans un film de Hitchcock - est-ce dans "Pas de printemps pour Marnie"? - à ce banquier qui ne retrouve jamais les clefs, ou la combinaison?, de son coffre) Alain se demandait, et me demandait, si je n'avais pas parlé, récemment, de clefs dans le blog. Sur le moment je ne me suis souvenu que d'une évocation de Klee, puis j'ai pensé à Duchamp (sans doute à cause de la clef des champs),



avant de me rappeler qu'en effet il y a quelques jours j'avais utilisé comme titre cet intéressant aphorisme: "Qui perd ses clefs gagne un peu de place dans ses poches".

Puis j'en suis arrivé à Gaston de Pawlowski et à son "Voyage au pays de la quatrième dimension" car Duchamp, dit-on, y a puisé beaucoup de références. A la recherche d'informations sur Pawlowski nous avons ouvert le "Dictionnaire des lieux imaginaires" d'Alberto Manguel et Gianni Guadalupi et je suis tombé sur cette belle image



qui m'a troublé car elle apportait une jolie réponse aux tumulus japonais en forme de trous de serrure que je montrais il y a quelques jours:




De plus la "Forteresse du désespoir" me touche car l'autre jour à Tarbes, lorsqu'à la faveur d'un tour de table il s'est agi de me présenter (exercice redoutable), me sont venus spontanément ces mots, qui me plaisent encore quelques jours plus tard, de "dilettante désespéré".

Un autre dictionnaire consulté évoque, dans l'article consacré à Gaston de Pawlowski, le sujet de la traduction automatique - il s'agit de l'"Encyclopédie de l'utopie et de la science-fiction" de Pierre Versins (la traduction, autre forme de clef!) - et je ne puis qu'être troublé par tant de hasards puisque je me suis longuement (un peu trop), il y a peu, étendu sur cette question. On y apprend que dans "La faillite de la science" de Pawlowski un traducteur mécanique est inventé par un certain Edison. "Quand on lui demanda de traduire: "Hurrah for the glorious translator Edison. Whiskey, gin and soda, and the girls Lorison" il commença: "Bravo pour le glorieux trad..." puis brusquement il s'arrêta et prononça nettement ces mots: "Et puis, à la fin, vous commencez à m'embêter, je sais bien que je ne suis qu'un instrument, mais vous finirez par me faire tourner en bourrique avec vos inventions contre nature".
Et puisqu'il est question d'utopie, qui est l'anagramme de toupie, comme je l'ai déjà indiqué je crois (je n'ai pas le temps de vérifier, mais après tout, la répétition n'est-elle pas la base de la pédagogie, qui n'était pas loin aujourd'hui avec ce projet de "classe-chantier"?) - peut-être ai-je déjà montré cette image, d'un papier peint réalisé à l'aide d'une toupie géante dont j'avais trempé l'axe dans de la peinture rose, la revoici en tout cas:



à propos de toupies donc je trouve dans l'ancienne édition du "Voyage au pays de la quatrième dimension" que possède Alain ce joli cul-de-lampe




(goûtons au passage la beauté du titre de ce chapitre!) qui ressemble à la fois à la séduisante spirale que tracent mes toupies,




au moulinet du caporal Trim dans Tristram Shandy et au diagramme de Kandinsky, déjà montrés également, mais je ne m'en lasse pas, espérant vivement que vous partagez cet enthousiasme:




La boucle est bouclée, pourrait-on être tenté de dire, or justement non, elle s'échappe au contraire en une dynamique et stimulante spirale - je songe à l'instant que c'est sans doute pour cela que j'aime dessiner des hélices, machines à spirales!; et je me souviens aussi qu'il existe un très joli film de Ray et Charles Eames, grands collectionneurs de toupies, intitulé "Tops", où l'on voit un ballet de toupies évoluer comme une fragile métaphore des astres et du cosmos.

La spirale que j'aime, on la retrouve souvent chez Tintin



pour signifier l'élan, l'entrain (voir plus bas) et la bonne humeur.

Duchamp, à ce propos, professait vivre dans une "euphorie permanente" (j'y pense souvent quand menace le penchant de s'abandonner aux passions tristes), et Montaigne, comme on sait, disait "je ne fais rien sans gaieté" - je songe aussi, dans un tout autre registre, à Agnes Martin, et au lumineux livre qui réunit ses "Ecrits", et à son insistance sur l'"awareness" (la conscience, l'attention - cf la constante insistance de Jacottot sur l'"attention" dans le livre de Rancière) et à sa spinozienne évocation de la joie.
Robert Filliou, à qui l'on demandait quels artistes il aimait, répondait que quand il était de bonne humeur il aimait tout (et rien quand il était mal luné). J'aime pour ma part énormément de choses, j'en citerai quelques-unes demain.
A propos de toupîes, encore, j'ai écouté mon goût pour ce jouet fascinant en donnant à l'une des tables de l'exposition la forme, précisément, d'une toupie:



toupie aux contours irréguliers certes, mais j'avais expérimenté, quand je fabriquais des toupies il y a de nombreuses années, que n'importe quelle forme peut fonctionner pourvu que les masses soient équilibrées autour de l'axe.




Je note ces idées, qui s'enchaînent avec tant d'entrain... dans le train. Ne parle-t-on pas, en anglais, d'un "train of thoughts"?

Tout en écrivant je prends machinalement quelques photos par la fenêtre, sans regarder ce que je fais. Les flous obtenus




me rappellent étonnamment des paysages que je peignais il y a bien longtemps




et dont les flous étaient obtenus par une méthode bien particulière: je "peignais" avec des pigments secs à l'horizontale, que je fixais ensuite au moyen d'une colle étalée au préalable sur un plastique que j'apposais sur le support en l'écrasant au moyen d'une raclette de sérigraphe. Une fois la colle sèche, je retirais le plastique qui conférait à l'ensemble un aspect glacé, presque photographique, et je découvrais les brouillages hasardeux des contours, parfois heureux, parfois désastreux, dus à l'étalement de la colle.

Ces photos me rappellent aussi un joli petit film, dont j'ai oublié le titre, de Robert Breer, délicat dessin animé bricolé montrant des choses vues par la fenêtre d'un train traversant le Japon - où je serai dans quelques jours (je reparlerai bientôt de Robert Breer et de quelques autres films expérimentaux, de Len Lye notamment, que j'aime beaucoup).
Le train dans lequel je me trouve me mêne, lui, vers mon atelier des champs (dont j'ai bien la clef dans ma poche) et vers mes ânes, auxquels je pensais à cause de Robert Breer. "Ane" en japonais se dit "loba", ce qui est curieux étant donné que leurs oreilles n'ont pas de lobes. Mais il est vrai qu'elles sont aussi longues que le sont les lobes du Bouddha (signe de sainteté).



A propos d'âne, ce détail du stupéfiant paravent d'Ito Jakuchu, "Phénix et éléphant blanc",




peinture d'une grande étrangeté et modernité (elle date de la moitié du XVIIIème siècle), dont les singulières trames m'ont tenu apaisante compagnie lorsque j'alignais patiemment les "pixels" de mon livre "Cependant..."

Je ne tire bien sûr aucune conclusion de ce qui va suivre, mais le Bouddha est né le 8 avril et moi aussi. Je me trouverai ce jour-là à Nara où a lieu l'Otaimatsu, anniversaire du Bouddha avec cérémonie et procession des bonzes.
Mais je divague (à l'âne), je m'égare (le train vient d'ailleurs d'entrer en gare), il est temps que je m'arrête.
A propos de gare, je vous livre cet inquiétant paradoxe:



Et je conclus, sans pouvoir vous montrer, une nouvelle fois, l'édifice du jour puisque je ne suis pas à Paris et n'ai donc pas pu aller photographier l'exposition, mais je vous propose ces deux évocations architecturales trouvées chez Gaston de Pawlowski dont il aura donc beaucoup été question aujourd'hui:




A demain.






Par Paul Cox - Publié dans : paulcox
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Jeudi 24 mars 2005 4 24 /03 /Mars /2005 00:00
Je suis confus de ces deux jours de silence dus à un souci technique, et je m'empresse de rattraper ce retard en publiant ici la livraison préparée avant-hier, et en vous promettant quelque chose de plus consistant pour ce soir. Or donc:
Voici un bref photoreportage du tirage de l'affiche pour Prague (je me rends compte que de plus en plus fréquemment mes notes nocturnes font référence à des informations antérieures, et risquent donc d'être incompréhensibles à qui les prend en chemin; or j'hésite à introduire chacune de mes divagations par un "résumé des chapitres précédents"; je préfère donc vous inviter, le cas échéant, à aller voir plus haut).






Malheureusement je n'étais pas sur place pendant le tirage, retenu à la campagne par la tâche que je vais décrire dans un instant. Franck Bordas a pris ces photos pendant l'impression et me les a envoyées au fur et à mesure. En virtuose qu'il est il a réussi à faire le tirage entier en opérant un lent dégradé du plus clair vers le plus sombre et du chaud vers le froid, ce qui non seulement a permis que pas un exemplaire ne ressemble au suivant (il en a fait 200 exemplaires), mais a de plus évité l'opération toujours fastidieuse du lavage des rouleaux entre deux couleurs différentes.

Pour ma part, pendant ce temps, j'étais dans mon atelier des champs à peaufiner mon idée pour la "classe-chantier" - j'en suis actuellement au stade où j'ai trop d'idées et où il me faut choisir, et comme souvent je m'aide pour cela en regardant mes livres - mon bureau ressemble alors en général à cela, jonché de piles instables:



J'ai regardé notamment, dans le désordre, des choses de Munari, de Thomas Hirschorn, de Franz West, de Raoul de Sausmarez (qui était le professeur et le compagnon de Bridget Riley et a écrit un excellent "Basic Design"), de Vito Acconci, de Krijn de Koning, de Kawamata, des soeurs Hohenbüchler, de Chen Zhen, de Hugues Reip, de Shigeru Ban, de Yona Friedman, de Marti Guixë... toutes oeuvres qui me stimulent grandement et en compagnie desquelles j'ai passé un moment enrichissant. Puissent-elles m'aider à trouver le bon sujet. "Je suis un peu comme une machine, j'ai besoin d'être remonté" fait dire Cendrars à Moravagine. Et j'ai aussi regardé un beau livre sur les affiches de Rauschenberg acheté l'autre jour grâce à des émoluments inattendus.

Comme je ne suis pas à Paris, je n'ai pu aller photographier l'exposition; pas de bâtiment du jour, donc, mais cette belle planche d'architecture naturelle, qui de plus forme un bel alphabet, même s'il est incomplet.




A demain.


Par Paul Cox - Publié dans : paulcox
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Lundi 21 mars 2005 1 21 /03 /Mars /2005 00:00
Ce matin, pris livraison de mes Toiles de Jouy fraîchement imprimées - les voici qui finissent de sécher:



Reste maintenant à les tendre sur les châssis qui attendent dans l'atelier




puis à peindre en dernier mes grandes taches roses - ce sera pour jeudi.

Voici, pour comparaison, une authentique toile de Jouy:



Mais avant cela, il faut que je travaille encore à mon projet pour la "classe-chantier" que j'évoquais hier - il s'agit d'une très belle idée, initiée par Alain Goulesque à Blois: pendant une semaine entière, une classe travaille à la réalisation d'un projet avec un artiste. Des chantiers ont été ainsi menés avec Olivier Blanckart, Jean-Paul Thibeau et Alain Biet. J'ai l'idée d'accompagner les enfants dans la construction d'une sorte d'architecture intérieure modifiant radicalement l'aspect de leur classe, une sorte de Merzbau à partir d'un vocabulaire limité que je leur proposerai.
A la recherche d'idées, ma méthode consiste souvent à imaginer déjà le titre que je pourrais donner au projet en gestation - j'ai ainsi songé à "Chantier en cours", avec l'idée que le chantier pourrait continuer de proliférer après mon départ, ou encore, en pensant au mot "classe": "Penser/classer", en référence au livre de Pérec ("Comment je pense quand je pense , comment je pense quand je ne pense pas? En cet instant même, comment je pense quand je pense à comment je pense quand je pense?") - je pense aussi à la préface de Foucault dans "Les mots et les choses" qui cite Borges évoquant "une "certaine encyclopédie chinoise" où il est écrit que "les animaux se divisent en a) appartenant à l'empereur, b) embaumés, c) apprivoisés, d) cochons de lait, e) sirènes, f) fabuleux, g) chiens en liberté, h) inclus dans la présente classification, i) qui s'agitent comme des fous, j) innombrables, k) dessinés avec un pinceau très fin en poils de chameau, l) et caetera, m) qui viennent de casser la cruche, n) qui de loin semblent des mouches"."



En tout cas, pas mal de classements déjà pour ma réflexion sur ce projet - et toujours ma bonne vieille méthode: idées notées pêle-mêle sur le papier, puis découpées en languettes, rangées par ordre de préférence (1=bonnes, 2=moyennes, 3=pas terribles - pas beaucoup d'espoir pour ces dernières!) et regroupements: beaucoup d'idées s'additionnent pour en enrichir une, plus générale - ce dont témoignent les flèches vertes, ajoutées après coup, sur ma feuille (la réflexion comme jeu de construction).



N'étant pas à Paris, je n'ai pu aller prendre mes photos quotidiennes de l'exposition. Pas d'architecture du jour, donc, mais ceci, observé ce matin en allant à l'imprimerie:




(je recommande au propriétaire de cette maison la plus grande prudence lorsqu'il descend à la cave!)

A demain.


Par Paul Cox - Publié dans : paulcox
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Dimanche 20 mars 2005 7 20 /03 /Mars /2005 00:00
Sur la route, en voiture, c'est presque une obsession: j'essaie toujours d'imaginer que l'asphalte n'existe pas, et que l'on roule sur ce qu'il y avait avant - herbe ou terre.



Cet exercice d'imagination amusant me fait penser à mon vieil ami Nicolas qui, pour sa part, lorsqu'adolescents nous voyagions en train, s'imaginait toujours tenir une immense lame qui rasait proprement tous les éléments du paysage à égale hauteur:







Arrivé à la campagne je trouve ces étranges architectures expressionnistes:




Ce sont des tranches de pins aux fibres malmenées par le sciage et la chute du tronc.
Cela me fait penser à une spectaculaire expérience, découverte l'été dernier à Bâle, menée par les architectes Herzog et De Meuron avec une entreprise de caramel: une immense plaque de sucre liquide solidifiée en suspension, donc hérissée de stalactites, et présentée à l'envers, donc comme une base plantée de stalagmites.



Aujourd'hui, dans l'exposition, une vraie réflexion urbanistique, étendue sur plusieurs tables par le moyen de ponts et de réseaux complexes - le fait est assez rare, et la proposition assez belle, pour justifier plusieurs vues du même ouvrage.







A demain.





Par Paul Cox - Publié dans : paulcox
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Dimanche 20 mars 2005 7 20 /03 /Mars /2005 00:00
Je n'ai pas beaucoup de temps aujourd'hui: tout juste rentré d'avoir fait ma performance de "Dessins animés des meilleures intentions", je dois partir sans tarder chercher près de Chalon mes Toiles de Jouy fraîchement imprimées, puis peaufiner mon idée pour la "classe-chantier" - un atelier mené pendant une semaine entière avec des enfants de CP - ce sera dans quelques semaines, je vous en parlerai plus longuement, cela promet d'être une jolie aventure.
Alors je vous propose, en attendant demain, ces trois choses qui me tombent sous la main:
1- Cette jolie double-page, où il est question de petites architectures et de coloriage, et aussi de moulins, trois sujets qui me sont chers



et voici la couverture de ce cahier, où l'on remarquera la contrainte suggérée de la trichromie, autre sujet qui m'est cher:




2- Une séquence de mes "Dessins animés des meilleures intentions", où il est question de construction, ou en tout cas d'empilement et d'équilibre:




3- Enfin cette jolie phrase de Munari: "J'ai toujours été curieux de voir ce qu'on pouvait faire avec une chose en plus de ce à quoi elle servait d'habitude".

Voilà pour aujourd'hui. En route! Mais avant cela: l'architecture du jour:




A demain.


Par Paul Cox - Publié dans : paulcox
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