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Des questions ?

Bienvenue sur ce blog, réalisé à l'occasion de l'exposition Jeu de construction, à la Galerie des enfants du Centre Pompidou, du 16 février au 9 mai 2005.

Grâce à ce blog, j'espère vous permettre de mieux comprendre mon travail, et surtout avoir la possibilité de dialoguer avec vous, et recueillir vos impressions.

Paul Cox

 

Ps : N'hésitez pas à laisser vos commentaires, ils seront validés au plus vite !

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Mardi 10 mai 2005 2 10 /05 /Mai /2005 00:00
"Deux villes, un manoir, un hélicoptère, une base, une énorme tour": les concepteurs de cet ensemble ont laissé aujourd'hui dans le livre d'or un plan de leur projet:



Le fait est assez rare pour qu'il mérite d'être signalé.

Voici - si du moins je sais lire un plan - leur réalisation en grand:



et un commentaire de leur main, soulignant un aspect de cette exposition qui, pour cette raison-même, me paraît mieux décrite par le terme de "proposition":




Une parenthèse maintenant: il ya longtemps que je veux vous montrer ceci, mais je n'en ai pas trouvé l'occasion, alors voilà, sans transition avec ce qui précède ni du reste avec ce qui suit, de bien jolies couvertures de magazines pour la jeunesse, photographiées dans l'excellent musée des arts populaires de Séoul:




Ces jours-ci le nouveau chantier - les décors pour Casse-Noisette - m'occupe du matin au soir. J'ai pris le parti, plutôt que de me plonger d'emblée dans l'ouvrage, de m'interroger d'abord sur mes envies formelles du moment, pour ne m'assurer que dans un second temps de leur adéquation possible à l'oeuvre de Tchaîkovski et aux intentions du chorégraphe. Comme toujours je fais d'interminables listes: j'ai plus d'idées qu'il n'en faut. Le principal problème sera de choisir, donc de renoncer à certaines. En général, je procède par élimination, écartant celles qui me tentent le moins bien sûr, mais aussi celles qui me semblent les moins adaptées aux données concrètes: temps, budget etc. Parfois le désir fort pour une idée qui supplante toutes les autres rend inutile ce détour par l'élimination. J'ai cette chance en ce moment: une idée me tente mille fois plus que tout le reste. J'ai envie, fort de mes expériences récentes des "Dessins animés des meilleures intentions", de concevoir un décor dessiné en direct et projeté sur des praticables, en rétroprojection pour éviter que le rayon lumineux ne se projette sur le corps des danseurs.




Il me faudrait alors être présent à chaque représentation, me calant sur le tempo donné par le chef et les mouvements des danseurs, pour dessiner un décor qui ne cesserait de changer à vue. Ce pourrait être en couleurs, pas juste au trait noir et blanc comme mes "Dessins animés des meilleures intentions", et je songe immédiatement à certains films de Len Lye, de Robert Breer, à la belle vidéo de Jeremy Blake vue il y a quelques années, montrant de lentes coulures colorées, ou encore à l'excellent "No more bets" de Stephen Dean.

Prendre un parti comme celui-là comporte évidemment une certaine part de risque, puisque je ne connais pas de précédent qui me permettrait d'en vérifier la possibilité technique ou l'efficacité visuelle. Et puis je n'ai pas sufisamment de temps pour me lancer dans cette voie pour ensuite reculer si je vois qu'elle ne convient pas. Mais une claire intuition me pousse à prendre le risque. Mon expérience me prouve qu'en général une vision claire comme celle que j'ai en ce moment donne de plutôt bons résultats. De toutes façons le regret de ne pas le tenter serait tel qu'il est hors de question de ne pas essayer. L'éventuel regret donne la mesure de tous mes choix.
Mais je dois interrompre cette réflexion pendant deux jours pour démonter l'exposition au Centre Pompidou. Avant de m'y mettre, je fais une brève promenade pour apaiser la petite tristesse que m'inspire cette perspective. Rien de tel, pour se distraire, que d'être très attentif aux joliesses autour de moi. Je photographie ces bambous



qui me rappellent fortement certains de mes tableaux de la série dite "Poggendorff"




(grandes tartines, comme l'atteste mon petit bonhomme toujours de dos);




plus loin, j'observe ce bel échafaudage très kawamatien




mais cette construction me ramène à mon jeu de construction qui pour l'heure va plutôt se transformer en gigantesque jeu de déconstruction. Pas d'états d'âme, allons-y de ce pas. Je photographie soigneusement les dernières constructions du jour, dont celle-ci, somptueux ensemble de ponts, de tourelles, de passerelles, de pavillons, de corps de garde.



J'imagine ce petit musicien




jouant sur son violon de céramique un air triste pour nous accompagner - son instrument n'est autre que le violon en bleu de Delft reproduit avant-hier - violon de Delft au carré donc, pour ce carreau de Delft.

Ca y est, les modules sont rangés,



puis les tables sont vidées.




Demain nous nous attaquons aux milliers de gommettes qui ornent les murs.

Et comme un malheur ne vient jamais seul, aujourd'hui sonne aussi le glas de ce blog, dont celle-ci sera la dernière livraison (il restera consultable quelque temps sur le site du Centre).
Comme disait mon cher Isamu Noguchi, ayant terminé d'écrire son livre "le Monde d'un sculpteur": "Il n'y a pas de meilleure façon d'apprendre qu'en écrivant un livre". Modestement, j'ai beaucoup appris en rédigeant ces notes éparses, jeu de construction sûrement, "à se construire soi-même" peut-être. J'espère qu'au fil de ces divagations je ne vous ai pas ennuyé. Et je me rends compte, et m'en excuse, que j'ai annoncé mille sujets que je promettais de développer, sans n'en avoir rien fait ("Comme la croûte des pâtés, les promesses sont faites pour être brisées" écrivait Swift).
Pas de longs adieux. Cette vieille carte postale pour conclure



et cette séquence empruntée à mes "Dessins animés"




et puis encore celle-ci




et puis adieu.



Par Cox - Publié dans : paulcox
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Lundi 9 mai 2005 1 09 /05 /Mai /2005 00:00
"Un architecte et ses livres": c'est le sous-titre du beau livre que Catherine de Smet consacre aux ouvrages de Le Corbusier chez Lars Müller. Sur l'une des jaquettes reproduites ("U.N. headquarters - practical application of a philosophy of the domain of building") figure un dessin que je retrace ici



et qui retient mon attention pour sa parenté avec mes voeux de l'an 2001 que je montrais l'autre jour:




Le premier titre de mon livre "Cependant" était "Un Tout" et j'en avais esquissé au début de mes recherches une première mise en forme qui n'est pas très éloignée de ce qui précède




ni de la couverture de cette amusante encyclopédie




qui contient en outre - c'est sans rapport avec ce que je viens d'écrire, mais avec Broodthaers que je citais hier - cette belle image qui m'a toujours semblé être la transposition flottante de sa Salle Blanche:




Catherine de Smet m'avait parlé des livres de Le Corbusier, que je ne connaissais pas, et m'avait montré notamment ses "Plans de Paris"




quand je lui avais présenté mes recherches pour le Coxcodex, car elles lui paraissaient avoir avec les premiers une lointaine parenté formelle:



 
Demain on démonte à la fois l'exposition du Centre Pompidou et la classe-chantier. Nul doute que les enfants, retrouvant leur salle restaurée en l'état originel, la redécouvriront avec autant de surprise que lorsque l'on regarde sa chambre à l'envers, couché au sol et tâchant de voir le plafond comme un nouveau plancher.






 
Ceci me fait penser évidemment à Kandinsky, et à la célèbre anecdote racontée dans ses "Souvenirs" selon laquelle c'est en rentrant un soir dans son atelier, où une de ses propres toiles était posée à l'envers et dont "l'extraordinaire beauté embrasée d'un rayonnement intérieur" le bouleversa, qu'il eut l'intuition de son oeuvre abstraite. Je pense aussi à Baselitz et, dans un tout autre registre, à cette curieuse librairie de bandes dessinées non loin de chez moi où tous les livres, dans la vitrine, sont méthodiquement présentés à l'envers:




Me promenant ce matin, j'ai photographié cette jolie fleur qui tombe, si je puis dire, fort à propos:




ainsi que cette péniche transportant des montagnes




dont j'évoquais l'autre jour le souvenir.

Promenade fructueuse: j'ai aussi ramené du marché cette étrange structure (servant, je crois, à emballer des pamplemousses) qui ressemble à la fois à un viillage d'igloos (du Groenland évidemment, vu leur couleur) et à une sculpture de Louise Bourgeois:



L'exposition touchant donc à sa fin, je me propose de vous livrer maintenant un résumé du livre d'or mis à la disposition du public, depuis les avis dithyrambiques




jusqu'aux opinions les plus sévères




en passant par le doute,




la paradoxale louange muette (lointaine cousine du non-anniversaire d'Alice),






 
ou encore l'interrogation théorique:




D'autres témoignent d'une sorte de révélation,




d'autres encore de la découverte des contraintes du matériau,




un autre enfin me prodigue un utile conseil:




Pour conclure, et puisqu'il a été question de points de vue, voici un aperçu du dessous des tables de l'exposition, que je crois n'avoir pas encore montré:




A demain.



Par Cox - Publié dans : paulcox
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Dimanche 8 mai 2005 7 08 /05 /Mai /2005 00:00
"J'aime les briques, et le contraste entre le poids de la brique et la légèreté de l'esprit est quelque chose qui m'intéresse".



Cette phrase est de Robert Filliou, qui parfois écrivait son nom avec trois L pour se donner plus de légèreté encore.

Pour ma part j'aime énormément les briques aussi. L'autre jour, dans un bureau du Centre Pompidou, j'ai vu un bel objet, oeuvre de l'excellent Claude Courtecuisse si je ne m'abuse, simple brique équipée d'une poignée, quelque chose comme ceci:



Sans doute est-ce mon goût pour les briques qui m'a soufflé mon amour des igloos, constructions d'autres sortes de briques blanches et froides:




(Cette image, déchiffrée selon le principe énoncé au chapitre 63, signifie: "Kiss me!").

Dans le même genre sentimental, et nourri d'un autre amour, celui pour les miroirs (comme j'aimerais construire un Palais des Glaces au Groenland!), j'ai réalisé il y a quelque temps avec Eric Seydoux cette sérigraphie sur miroir:



Dans le registre des briques toujours, j'avais imaginé avec Franck Bordas cette lithographie




dont je vous livre la brève histoire: c'était une réponse à une commande de deux lithographies. Dans un double souci d'efficacité et d'élégance, j'eus l'idée de ne concevoir qu'une seule image, imprimée une première fois à l'endroit et une seconde fois en miroir pivotée à 180° (ce sont les deux fenêtres à gauche et à droite de mon image) - celle de gauche s'intitule "A Room with a view" ("Chambre avec vue"), le trapèze vert y figurant un pot de fleur, et la forme blanche, au centre, un nuage aperçu depuis l'intérieur de la pièce; l'image de droite, "A view with a room", vue de l'extérieur, transforme le trapèze vert en lampe comme je les aime, et la forme blanche en reflet sur la vitre. Le commanditaire ne fut qu'à moitié content, soupçonnant la paresse là où j'avais beaucoup réfléchi. Pour le convaincre, j'ajoutai une troisième image, celle du centre, intitulée "Wallpaper", interface entre les deux volets latéraux.

La Hollande, évidemment, est le pays des briques, des ruptures d'échelles aussi, que j'affectionne, et des saules enfin:



Quelques mots encore sur Filliou, qui a publié un joli livre en brique, "Je meurs trop" (orné d'un bandeau signé Antonin Artaud qui signale "Une sensibilité unique au monde"), et qui a utilisé la brique dans nombre d'autres travaux, dont certains dédiés à Broodthaers, autre grand amateur de briques: il parlait à ce propos de "briquolage"! Et puis cette phrase de Filliou encore, qui rappelle celle de Klee que j'ai si souvent évoquée: "pour moi, généralement, ce sont les matériaux qui me donnent l'idée, pas l'idée qui me donne les matériaux. Le plus souvent ça vient de ce qui m'entoure et en l'utilisant un concept viendra". Enfin, à propos d'igloo et de miroirs, me viennent aussi à l'esprit les belles briques enveloppées de papier aluminium d'Ann-Veronica Janssens.

A propos de Hollande, Yu Matsuoka, dont j'ai vanté précédemment le beau travail, m'envoie d'Amsterdam la photographie de ce beau violon en céramique de Delft - le violon de Vermeer! (même fenêtre, sur le mur de gauche, que dans les tableaux du maître de Delft).



Peut-on en jouer? Ce violon paraît aussi improbable, en tout cas, que les objets en Delft de Wim Delvoye (sont-ce des scies circulaires? je ne sais plus - il faut que je vérifie) ou que ses cages de but en vitrail, ou encore que les pantalons en acier de Glen Baxter ou les châteaux en fonte des petites annonces d'Erik Satie.

"Violon d'Ingres" est le titre, je ne le savais pas (je le découvre à l'instant), de la fameuse photo de Man Ray montrant Kiki de Montparnasse nue, vue de dos, ornée de deux ouïes (c'est ainsi que l'on nomme les ouvertures serpentines du violon - le petit bout de bois, à l'intérieur, qui supporte l'incroyable tension des cordes, s'appellant, quant à lui, l'âme!).
Mes violons d'Ingres à moi, ce sont le travail, la lecture, le violon.
A propos de lecture, j'ai découvert hier avec joie que l'on vient de rééditer le texte d'Alexander Cozens que je citais dans mon Coxcodex, "Nouvelle méthode pour assister l'invention dans le dessin de compositions originales de paysages" (chez Allia), prônant l'accident des taches jetées au hasard, pour imaginer des paysages, plutôt que l'observation directe.



Le titre de la belle postface, signée Danielle Orhan, me plait évidemment: "L'Accident érigé en méthode"!

Cozens cite le célèbre passage de Vinci (mais en précisant qu'il a "la présomption de croire que (sa) méthode constitue un progrès par rapport à l'idée de Léonard de Vinci) : "si tu regardes des murs souillés de taches, ou faits de pierres de toute espèce, pour imaginer quelque scène, tu peux y voir l'analogie de paysages au décor de montagnes, de rivières, de rochers, d'arbres, de plaines, de larges vallées et de collines disposées de façon variée. Tu pourras y voir aussi des batailles et des figures au mouvement rapide, d'étranges visages et costumes et une infinité de choses que tu pourras ramener à une forme nette et complète".
L'autre jour, me promenant à la campagne, j'ai vu dans une pile de bois un de ces "étranges visages":



qui semble tout droit sorti d'une feuille de caricatures de Vinci.

Je ne quitte plus le minuscule appareil numérique trouvé au Japon et qui encombre à peine ma poche. Dans la même poche, un autre compagnon permanent, un carnet, me force, comme le premier, à ne jamais relâcher mon attention. Mes carnets , en fin de journée, ressemblent à ceci:



J'y note vraiment tout ce qui me passe par ma tête, même les idées les plus incongrues ou inutiles, comme par exemple cette idée de logo pour une maison de production de films de mousquetaires, dont je me demande bien d'où elle m'est venue, étant donné que je ne regarde jamais ce genre de films, pour lesquels je n'ai pas le moindre goût:




Comme ces idées me viennent le plus souvent en me promenant ou en me déplaçant à vélo, il me semble opportun de montrer celle-ci venue, précisément, à vélo:




De temps en temps, je trie ces notes, les découpe et les colle sur des feuilles plus grandes méthodiquement classées dans des dossiers eux-mêmes triés par genres. Cela ressemble alors à ceci:




Mais je dois avouer que cette masse énorme de notes, souvent, du reste, difficile à relire, est d'une consultation tellement malaisée que je ne m'y replonge pas fréquemment. Je reste toutefois convaincu que le seul fait de s'arrêter un instant à une idée pour la noter l'imprime dans la mémoire plus efficacement que si on la regardait simplement passer.

Alain vient de me ramener les livres que j'avais prêtés aux enfants pour la documentation de leur classe-chantier. Ils y ont laissé par inadvertance quelques dessins que je reproduis ici, à côté des reproductions qui les ont inspirés: on reconnaît un architectone de Malévitch



une architecture de Shigeru Ban




le fauteuil de Rietveld




le même, accompagné d'une structure de Frederik Kiesler.




Enfin, pour conclure, cette belle architecture du jour, photographiée de l'intérieur:




A demain.





Par Cox - Publié dans : paulcox
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Vendredi 6 mai 2005 5 06 /05 /Mai /2005 00:00


Les premiers labyrinthes, m'apprend mon dictionnaire des symboles, étaient en spirale: je n'y échapperai donc pas!, et souvent vides en leur centre, de sorte que leur coeur était à la fois plénitude et vide (le vide et le plein d'hier!), conjonction des opposés, ce qui m'autorise à commencer cette fois-ci par la conclusion: aujourd'hui, dans l'exposition, ce somptueux dédale de couleurs.

Rentré à la maison, j'en teste différentes échelles en collant sur mes photos mon sempiternel bonhomme vu de dos.



A vrai dire, et aussi incroyable que cela puisse paraître, je ne m'étais jamais rendu compte avant hier, et avant cette citation de Nabokov, que spirales et hélices avaient partie liées. Pourtant j'ai dessiné et peint des centaines d'hélices, mais sans jamais établir de lien avec mes centaines de dessins de spirales!




J'ai même utilisé la forme de l'hélice comme première lettre de l'alphabet dans mon livre "Animaux", dont voici la couverture de la version américaine:




La dernière lettre, le Z, emprunte une autre forme qui m'est chère, celle du pont:




Voici un autre exemple d'hélice, un ancien tableau




où je retrouve beaucoup d'autres thèmes qui me sont toujours chers: la sauterelle, la boussole, la mappemonde, la rivière serpentine, les ponts, la musique (le grand disque au premier plan), les papillons - le papillon reprenant ici la forme de la double hélice. J'ai peint beaucoup de papillons, en voici quelques autres:




Je me souviens d'une belle exposition Léger, à Bâle, il y a une dizaine d'années, qui m'avait beaucoup marqué, non seulement parce que Léger peignait des constructeurs, mais aussi, entre autres, parce que le catalogue comprenait un article intitulé "L'Hélice et l'avant-garde. Léger-Duchamp-Brancusi" qui avait encore accru mon goût pour cette belle forme symétrique-dynamique (il faudrait que je retrouve la trace de cette notion de "symétrie dynamique" avancée, je crois, par Mondrian). L'article cite l'anecdote selon laquelle Duchamp, visitant en compagnie de Brancusi et de Léger un salon de l'aviation, s'était écrié: "C'est fini la peinture. Qui ferait mieux que cette hélice? (et à Brancusi) Dis, tu peux faire ça?".

Brancusi m'amène à Noguchi, qui fut son apprenti, et à qui j'ai déjà pensé aujourd'hui car j'ai commencé sérieusement à travailler au décor de Casse-Noisette (et Noguchi fait partie de mes références en matière de scénographie). Comme je n'ai pas encore grand-chose de très présentable pour l'instant concernant ce nouveau chantier, je vous montre ces différentes étapes d'un précédent travail de décor, pour "L'Histoire du soldat" de Stravinsky à l'opéra de Nancy.



Successivement: la première esquisse, la maquette, la réalisation en grand.

J'avais accompagné ce travail d'une sorte de story-board ajouté à la partition:



Et me revoilà à la spirale! En effet, j'avais conçu un tour de piste non pas circulaire et fermé (le spectacle avait été monté sous chapiteau, pour rester fidèle à l'intention foraine de Ramuz et Stravinsky) mais spiralé et ouvert, se déroulant vers la gauche (j'avais lu que c'était là un des attributs du diable). Le chemin ainsi créé servait d'entrée en scène pour les acteurs. J'ai repris ce motif pour l'affiche du spectacle




où j'ai mis en rapport la spirale avec le cercle d'une horloge, le temps qui passe étant l'un des thèmes centraux de cette fable.

Je concluerai une seconde fois, dans le souci de boucler ma boucle, avec une architecture du jour, cette jolie petite maison



que je serais tenté d'intituler "Mon Rêve", sans doute parce qu'il est maintenant fort tard et que j'ai envie d'aller vite me coucher.

A demain.



Par Cox - Publié dans : paulcox
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Vendredi 6 mai 2005 5 06 /05 /Mai /2005 00:00



Peut-on parler de vide et de plein à propos de ces jolies boules japonaises que l'on gonfle en soufflant dedans, ce qui suffit à en tendre le papier qui tient ensuite par sa seule raideur, l'orifice par lequel on a soufflé n'étant pas fermé? En tout cas si hier je me sentais ainsi:




aujourd'hui je me sens comme celle du haut, par la grâce d'une bonne nuit de sommeil, et d'une méthodique réorganisation de mon emploi du temps dont, on l'aura compris, je prends le plus grand soin. Voici mon programme du jour, involontairement joli: toutes les couleurs y ont une signification.




C'est toujours de bon augure, à mes yeux, quand l'aspect graphique de mon emploi du temps me séduit - un peu comme ces mathématiciens qui, dit-on, estiment à son élégance la réussite d'une équation.

Ces boules japonaises m'ont toujours intrigué, de même que m'a toujours tenté l'envie de construire des volumes gonflables. Ce goût m'est venu, il y a bien longtemps déjà, de mon enthousiasme pour Claes Oldenburg et pour ses grandes pièces de tissu ou de vinyl remplies de kapok. Quand j'ai découvert, par la suite, que Claes Oldenburg avait, dans son enfance, reçu de sa grande-tante suédoise des collages



qui ressemblent fort à ceux que m'offrait ma grand-mère, dont j'ai déjà montré des exemples plus haut, mais dont voici deux autres jolies feuilles:






 
mon engouement s'est encore accru de quelques degrés, suivis de plusieurs autres quand j'ai appris que, sorte de blogueur avant la lettre, il tenait de passionnants carnets dont voici deux brefs extraits:

"J'agis d'abord, je théorise ensuite (...).
C'est toujours mieux d'atteindre les choses depuis leur bord opposé. Par exemple d'arriver au sens à partir du non-sens".
Enfin Oldenburg, enfant, a inventé, paraît-il, un pays imaginaire nommé Neubern, dont il a laissé une documentation abondante dans des cahiers pleins d'une richesse de détails hallucinante: industries, villes, commerces, affiches de cinéma, avions..., qui semblent préfigurer la précision du Glooscap de Bublex.
A propos des cahiers de ma grand-mère, je redécouvre, stupéfait, cette page, que je n'avais pas revue depuis qu'elle me les avait offerts,



mais dont le personnage sur la page de gauche hante mon imagination au point de réapparaître au fil des ans dans mes dessins, peintures et livres, comme le montrent ces deux exemples distants de quelques années:







Pour revenir un instant aux boules japonaises en papier, j'avais eu il y a quelque temps le projet d'éditer une paysage entier à déployer selon le même principe: au repos, il aurait été plié, savamment, dans une boîte plate, et un simple souffle aurait suffi à lui donner forme. J'en avais construit un prototype en calque (dont la colle a malheureusement jauni)




mais le projet en est resté là car j'ai manqué de patience pour inventer le système de pliage adéquat.

J'ai conservé, outre la maquette en volume, un carnet rempli d'idées destinées à ce projet:








Dans le même carnet, je retrouve aussi plusieurs pages avec des idées de structures qui ressemblent assez à ce dont j'ai envie pour mes deux nouveaux chantiers en cours: le décor de ballet et la structure d'exposition.




Outre les boules de papier, mon bureau est encombré de deux autres constructions tout aussi fragiles:




celle-ci, dont la non-triangulation menace l'apparente solidité, et celle-là




dont l'empilement serpentin me ramène aux ruisseaux méandreux d'hier ou d'avant-hier, je ne sais plus, et me conduit à ceci:




motif positif-négatif serré qu'arbore joliment le dos de mon âne Tristram, et qui me rappelle cette belle photo de Picasso où l'on voit un trois-mâts miniature voguer sur les vagues agitées d'une longue chevelure féminine.

Comme il y a longtemps que je n'ai parlé ni de Tristram, ni de Sterne, ni de Nabokov, ni de ma spirale adorée, j'opère maintenant ce tir groupé, emprunté à l'excellent livre, déjà cité, de Cécile Guilbert, "L'Ecrivain le plus libre": "Fuyant la mesure et la norme, emblématisant au contraire le désordre et la liberté, la digression serait ainsi du côté de l'errance, de la divagation, s'apparentant par là au labyrinthe, à la spirale, au jeu de miroirs sous lesquels se subsume la figure de l'infini" (les miroirs et le labyrinthe de la classe-chantier!)... et, citant Nabokov: "La spirale est un cercle spiritualisé. Dans la forme hélicoïdale, le cercle, délové, déroulé, a cessé d'être vicieux; il a été rendu libre" (l'étrange mot, "délové"!).
En guise de conclusion, cette belle architecture, qui ajoute à ses qualités intrinsèques le charme familial d'être l'oeuvre de mon neveu Dino.



A demain.



Par Cox - Publié dans : paulcox
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