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Des questions ?

Bienvenue sur ce blog, réalisé à l'occasion de l'exposition Jeu de construction, à la Galerie des enfants du Centre Pompidou, du 16 février au 9 mai 2005.

Grâce à ce blog, j'espère vous permettre de mieux comprendre mon travail, et surtout avoir la possibilité de dialoguer avec vous, et recueillir vos impressions.

Paul Cox

 

Ps : N'hésitez pas à laisser vos commentaires, ils seront validés au plus vite !

Bienvenue !

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10 mai 2005 2 10 /05 /mai /2005 00:00
"Deux villes, un manoir, un hélicoptère, une base, une énorme tour": les concepteurs de cet ensemble ont laissé aujourd'hui dans le livre d'or un plan de leur projet:



Le fait est assez rare pour qu'il mérite d'être signalé.

Voici - si du moins je sais lire un plan - leur réalisation en grand:



et un commentaire de leur main, soulignant un aspect de cette exposition qui, pour cette raison-même, me paraît mieux décrite par le terme de "proposition":




Une parenthèse maintenant: il ya longtemps que je veux vous montrer ceci, mais je n'en ai pas trouvé l'occasion, alors voilà, sans transition avec ce qui précède ni du reste avec ce qui suit, de bien jolies couvertures de magazines pour la jeunesse, photographiées dans l'excellent musée des arts populaires de Séoul:




Ces jours-ci le nouveau chantier - les décors pour Casse-Noisette - m'occupe du matin au soir. J'ai pris le parti, plutôt que de me plonger d'emblée dans l'ouvrage, de m'interroger d'abord sur mes envies formelles du moment, pour ne m'assurer que dans un second temps de leur adéquation possible à l'oeuvre de Tchaîkovski et aux intentions du chorégraphe. Comme toujours je fais d'interminables listes: j'ai plus d'idées qu'il n'en faut. Le principal problème sera de choisir, donc de renoncer à certaines. En général, je procède par élimination, écartant celles qui me tentent le moins bien sûr, mais aussi celles qui me semblent les moins adaptées aux données concrètes: temps, budget etc. Parfois le désir fort pour une idée qui supplante toutes les autres rend inutile ce détour par l'élimination. J'ai cette chance en ce moment: une idée me tente mille fois plus que tout le reste. J'ai envie, fort de mes expériences récentes des "Dessins animés des meilleures intentions", de concevoir un décor dessiné en direct et projeté sur des praticables, en rétroprojection pour éviter que le rayon lumineux ne se projette sur le corps des danseurs.




Il me faudrait alors être présent à chaque représentation, me calant sur le tempo donné par le chef et les mouvements des danseurs, pour dessiner un décor qui ne cesserait de changer à vue. Ce pourrait être en couleurs, pas juste au trait noir et blanc comme mes "Dessins animés des meilleures intentions", et je songe immédiatement à certains films de Len Lye, de Robert Breer, à la belle vidéo de Jeremy Blake vue il y a quelques années, montrant de lentes coulures colorées, ou encore à l'excellent "No more bets" de Stephen Dean.

Prendre un parti comme celui-là comporte évidemment une certaine part de risque, puisque je ne connais pas de précédent qui me permettrait d'en vérifier la possibilité technique ou l'efficacité visuelle. Et puis je n'ai pas sufisamment de temps pour me lancer dans cette voie pour ensuite reculer si je vois qu'elle ne convient pas. Mais une claire intuition me pousse à prendre le risque. Mon expérience me prouve qu'en général une vision claire comme celle que j'ai en ce moment donne de plutôt bons résultats. De toutes façons le regret de ne pas le tenter serait tel qu'il est hors de question de ne pas essayer. L'éventuel regret donne la mesure de tous mes choix.
Mais je dois interrompre cette réflexion pendant deux jours pour démonter l'exposition au Centre Pompidou. Avant de m'y mettre, je fais une brève promenade pour apaiser la petite tristesse que m'inspire cette perspective. Rien de tel, pour se distraire, que d'être très attentif aux joliesses autour de moi. Je photographie ces bambous



qui me rappellent fortement certains de mes tableaux de la série dite "Poggendorff"




(grandes tartines, comme l'atteste mon petit bonhomme toujours de dos);




plus loin, j'observe ce bel échafaudage très kawamatien




mais cette construction me ramène à mon jeu de construction qui pour l'heure va plutôt se transformer en gigantesque jeu de déconstruction. Pas d'états d'âme, allons-y de ce pas. Je photographie soigneusement les dernières constructions du jour, dont celle-ci, somptueux ensemble de ponts, de tourelles, de passerelles, de pavillons, de corps de garde.



J'imagine ce petit musicien




jouant sur son violon de céramique un air triste pour nous accompagner - son instrument n'est autre que le violon en bleu de Delft reproduit avant-hier - violon de Delft au carré donc, pour ce carreau de Delft.

Ca y est, les modules sont rangés,



puis les tables sont vidées.




Demain nous nous attaquons aux milliers de gommettes qui ornent les murs.

Et comme un malheur ne vient jamais seul, aujourd'hui sonne aussi le glas de ce blog, dont celle-ci sera la dernière livraison (il restera consultable quelque temps sur le site du Centre).
Comme disait mon cher Isamu Noguchi, ayant terminé d'écrire son livre "le Monde d'un sculpteur": "Il n'y a pas de meilleure façon d'apprendre qu'en écrivant un livre". Modestement, j'ai beaucoup appris en rédigeant ces notes éparses, jeu de construction sûrement, "à se construire soi-même" peut-être. J'espère qu'au fil de ces divagations je ne vous ai pas ennuyé. Et je me rends compte, et m'en excuse, que j'ai annoncé mille sujets que je promettais de développer, sans n'en avoir rien fait ("Comme la croûte des pâtés, les promesses sont faites pour être brisées" écrivait Swift).
Pas de longs adieux. Cette vieille carte postale pour conclure



et cette séquence empruntée à mes "Dessins animés"




et puis encore celle-ci




et puis adieu.



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9 mai 2005 1 09 /05 /mai /2005 00:00
"Un architecte et ses livres": c'est le sous-titre du beau livre que Catherine de Smet consacre aux ouvrages de Le Corbusier chez Lars Müller. Sur l'une des jaquettes reproduites ("U.N. headquarters - practical application of a philosophy of the domain of building") figure un dessin que je retrace ici



et qui retient mon attention pour sa parenté avec mes voeux de l'an 2001 que je montrais l'autre jour:




Le premier titre de mon livre "Cependant" était "Un Tout" et j'en avais esquissé au début de mes recherches une première mise en forme qui n'est pas très éloignée de ce qui précède




ni de la couverture de cette amusante encyclopédie




qui contient en outre - c'est sans rapport avec ce que je viens d'écrire, mais avec Broodthaers que je citais hier - cette belle image qui m'a toujours semblé être la transposition flottante de sa Salle Blanche:




Catherine de Smet m'avait parlé des livres de Le Corbusier, que je ne connaissais pas, et m'avait montré notamment ses "Plans de Paris"




quand je lui avais présenté mes recherches pour le Coxcodex, car elles lui paraissaient avoir avec les premiers une lointaine parenté formelle:



 
Demain on démonte à la fois l'exposition du Centre Pompidou et la classe-chantier. Nul doute que les enfants, retrouvant leur salle restaurée en l'état originel, la redécouvriront avec autant de surprise que lorsque l'on regarde sa chambre à l'envers, couché au sol et tâchant de voir le plafond comme un nouveau plancher.






 
Ceci me fait penser évidemment à Kandinsky, et à la célèbre anecdote racontée dans ses "Souvenirs" selon laquelle c'est en rentrant un soir dans son atelier, où une de ses propres toiles était posée à l'envers et dont "l'extraordinaire beauté embrasée d'un rayonnement intérieur" le bouleversa, qu'il eut l'intuition de son oeuvre abstraite. Je pense aussi à Baselitz et, dans un tout autre registre, à cette curieuse librairie de bandes dessinées non loin de chez moi où tous les livres, dans la vitrine, sont méthodiquement présentés à l'envers:




Me promenant ce matin, j'ai photographié cette jolie fleur qui tombe, si je puis dire, fort à propos:




ainsi que cette péniche transportant des montagnes




dont j'évoquais l'autre jour le souvenir.

Promenade fructueuse: j'ai aussi ramené du marché cette étrange structure (servant, je crois, à emballer des pamplemousses) qui ressemble à la fois à un viillage d'igloos (du Groenland évidemment, vu leur couleur) et à une sculpture de Louise Bourgeois:



L'exposition touchant donc à sa fin, je me propose de vous livrer maintenant un résumé du livre d'or mis à la disposition du public, depuis les avis dithyrambiques




jusqu'aux opinions les plus sévères




en passant par le doute,




la paradoxale louange muette (lointaine cousine du non-anniversaire d'Alice),






 
ou encore l'interrogation théorique:




D'autres témoignent d'une sorte de révélation,




d'autres encore de la découverte des contraintes du matériau,




un autre enfin me prodigue un utile conseil:




Pour conclure, et puisqu'il a été question de points de vue, voici un aperçu du dessous des tables de l'exposition, que je crois n'avoir pas encore montré:




A demain.



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8 mai 2005 7 08 /05 /mai /2005 00:00
"J'aime les briques, et le contraste entre le poids de la brique et la légèreté de l'esprit est quelque chose qui m'intéresse".



Cette phrase est de Robert Filliou, qui parfois écrivait son nom avec trois L pour se donner plus de légèreté encore.

Pour ma part j'aime énormément les briques aussi. L'autre jour, dans un bureau du Centre Pompidou, j'ai vu un bel objet, oeuvre de l'excellent Claude Courtecuisse si je ne m'abuse, simple brique équipée d'une poignée, quelque chose comme ceci:



Sans doute est-ce mon goût pour les briques qui m'a soufflé mon amour des igloos, constructions d'autres sortes de briques blanches et froides:




(Cette image, déchiffrée selon le principe énoncé au chapitre 63, signifie: "Kiss me!").

Dans le même genre sentimental, et nourri d'un autre amour, celui pour les miroirs (comme j'aimerais construire un Palais des Glaces au Groenland!), j'ai réalisé il y a quelque temps avec Eric Seydoux cette sérigraphie sur miroir:



Dans le registre des briques toujours, j'avais imaginé avec Franck Bordas cette lithographie




dont je vous livre la brève histoire: c'était une réponse à une commande de deux lithographies. Dans un double souci d'efficacité et d'élégance, j'eus l'idée de ne concevoir qu'une seule image, imprimée une première fois à l'endroit et une seconde fois en miroir pivotée à 180° (ce sont les deux fenêtres à gauche et à droite de mon image) - celle de gauche s'intitule "A Room with a view" ("Chambre avec vue"), le trapèze vert y figurant un pot de fleur, et la forme blanche, au centre, un nuage aperçu depuis l'intérieur de la pièce; l'image de droite, "A view with a room", vue de l'extérieur, transforme le trapèze vert en lampe comme je les aime, et la forme blanche en reflet sur la vitre. Le commanditaire ne fut qu'à moitié content, soupçonnant la paresse là où j'avais beaucoup réfléchi. Pour le convaincre, j'ajoutai une troisième image, celle du centre, intitulée "Wallpaper", interface entre les deux volets latéraux.

La Hollande, évidemment, est le pays des briques, des ruptures d'échelles aussi, que j'affectionne, et des saules enfin:



Quelques mots encore sur Filliou, qui a publié un joli livre en brique, "Je meurs trop" (orné d'un bandeau signé Antonin Artaud qui signale "Une sensibilité unique au monde"), et qui a utilisé la brique dans nombre d'autres travaux, dont certains dédiés à Broodthaers, autre grand amateur de briques: il parlait à ce propos de "briquolage"! Et puis cette phrase de Filliou encore, qui rappelle celle de Klee que j'ai si souvent évoquée: "pour moi, généralement, ce sont les matériaux qui me donnent l'idée, pas l'idée qui me donne les matériaux. Le plus souvent ça vient de ce qui m'entoure et en l'utilisant un concept viendra". Enfin, à propos d'igloo et de miroirs, me viennent aussi à l'esprit les belles briques enveloppées de papier aluminium d'Ann-Veronica Janssens.

A propos de Hollande, Yu Matsuoka, dont j'ai vanté précédemment le beau travail, m'envoie d'Amsterdam la photographie de ce beau violon en céramique de Delft - le violon de Vermeer! (même fenêtre, sur le mur de gauche, que dans les tableaux du maître de Delft).



Peut-on en jouer? Ce violon paraît aussi improbable, en tout cas, que les objets en Delft de Wim Delvoye (sont-ce des scies circulaires? je ne sais plus - il faut que je vérifie) ou que ses cages de but en vitrail, ou encore que les pantalons en acier de Glen Baxter ou les châteaux en fonte des petites annonces d'Erik Satie.

"Violon d'Ingres" est le titre, je ne le savais pas (je le découvre à l'instant), de la fameuse photo de Man Ray montrant Kiki de Montparnasse nue, vue de dos, ornée de deux ouïes (c'est ainsi que l'on nomme les ouvertures serpentines du violon - le petit bout de bois, à l'intérieur, qui supporte l'incroyable tension des cordes, s'appellant, quant à lui, l'âme!).
Mes violons d'Ingres à moi, ce sont le travail, la lecture, le violon.
A propos de lecture, j'ai découvert hier avec joie que l'on vient de rééditer le texte d'Alexander Cozens que je citais dans mon Coxcodex, "Nouvelle méthode pour assister l'invention dans le dessin de compositions originales de paysages" (chez Allia), prônant l'accident des taches jetées au hasard, pour imaginer des paysages, plutôt que l'observation directe.



Le titre de la belle postface, signée Danielle Orhan, me plait évidemment: "L'Accident érigé en méthode"!

Cozens cite le célèbre passage de Vinci (mais en précisant qu'il a "la présomption de croire que (sa) méthode constitue un progrès par rapport à l'idée de Léonard de Vinci) : "si tu regardes des murs souillés de taches, ou faits de pierres de toute espèce, pour imaginer quelque scène, tu peux y voir l'analogie de paysages au décor de montagnes, de rivières, de rochers, d'arbres, de plaines, de larges vallées et de collines disposées de façon variée. Tu pourras y voir aussi des batailles et des figures au mouvement rapide, d'étranges visages et costumes et une infinité de choses que tu pourras ramener à une forme nette et complète".
L'autre jour, me promenant à la campagne, j'ai vu dans une pile de bois un de ces "étranges visages":



qui semble tout droit sorti d'une feuille de caricatures de Vinci.

Je ne quitte plus le minuscule appareil numérique trouvé au Japon et qui encombre à peine ma poche. Dans la même poche, un autre compagnon permanent, un carnet, me force, comme le premier, à ne jamais relâcher mon attention. Mes carnets , en fin de journée, ressemblent à ceci:



J'y note vraiment tout ce qui me passe par ma tête, même les idées les plus incongrues ou inutiles, comme par exemple cette idée de logo pour une maison de production de films de mousquetaires, dont je me demande bien d'où elle m'est venue, étant donné que je ne regarde jamais ce genre de films, pour lesquels je n'ai pas le moindre goût:




Comme ces idées me viennent le plus souvent en me promenant ou en me déplaçant à vélo, il me semble opportun de montrer celle-ci venue, précisément, à vélo:




De temps en temps, je trie ces notes, les découpe et les colle sur des feuilles plus grandes méthodiquement classées dans des dossiers eux-mêmes triés par genres. Cela ressemble alors à ceci:




Mais je dois avouer que cette masse énorme de notes, souvent, du reste, difficile à relire, est d'une consultation tellement malaisée que je ne m'y replonge pas fréquemment. Je reste toutefois convaincu que le seul fait de s'arrêter un instant à une idée pour la noter l'imprime dans la mémoire plus efficacement que si on la regardait simplement passer.

Alain vient de me ramener les livres que j'avais prêtés aux enfants pour la documentation de leur classe-chantier. Ils y ont laissé par inadvertance quelques dessins que je reproduis ici, à côté des reproductions qui les ont inspirés: on reconnaît un architectone de Malévitch



une architecture de Shigeru Ban




le fauteuil de Rietveld




le même, accompagné d'une structure de Frederik Kiesler.




Enfin, pour conclure, cette belle architecture du jour, photographiée de l'intérieur:




A demain.





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6 mai 2005 5 06 /05 /mai /2005 00:00


Les premiers labyrinthes, m'apprend mon dictionnaire des symboles, étaient en spirale: je n'y échapperai donc pas!, et souvent vides en leur centre, de sorte que leur coeur était à la fois plénitude et vide (le vide et le plein d'hier!), conjonction des opposés, ce qui m'autorise à commencer cette fois-ci par la conclusion: aujourd'hui, dans l'exposition, ce somptueux dédale de couleurs.

Rentré à la maison, j'en teste différentes échelles en collant sur mes photos mon sempiternel bonhomme vu de dos.



A vrai dire, et aussi incroyable que cela puisse paraître, je ne m'étais jamais rendu compte avant hier, et avant cette citation de Nabokov, que spirales et hélices avaient partie liées. Pourtant j'ai dessiné et peint des centaines d'hélices, mais sans jamais établir de lien avec mes centaines de dessins de spirales!




J'ai même utilisé la forme de l'hélice comme première lettre de l'alphabet dans mon livre "Animaux", dont voici la couverture de la version américaine:




La dernière lettre, le Z, emprunte une autre forme qui m'est chère, celle du pont:




Voici un autre exemple d'hélice, un ancien tableau




où je retrouve beaucoup d'autres thèmes qui me sont toujours chers: la sauterelle, la boussole, la mappemonde, la rivière serpentine, les ponts, la musique (le grand disque au premier plan), les papillons - le papillon reprenant ici la forme de la double hélice. J'ai peint beaucoup de papillons, en voici quelques autres:




Je me souviens d'une belle exposition Léger, à Bâle, il y a une dizaine d'années, qui m'avait beaucoup marqué, non seulement parce que Léger peignait des constructeurs, mais aussi, entre autres, parce que le catalogue comprenait un article intitulé "L'Hélice et l'avant-garde. Léger-Duchamp-Brancusi" qui avait encore accru mon goût pour cette belle forme symétrique-dynamique (il faudrait que je retrouve la trace de cette notion de "symétrie dynamique" avancée, je crois, par Mondrian). L'article cite l'anecdote selon laquelle Duchamp, visitant en compagnie de Brancusi et de Léger un salon de l'aviation, s'était écrié: "C'est fini la peinture. Qui ferait mieux que cette hélice? (et à Brancusi) Dis, tu peux faire ça?".

Brancusi m'amène à Noguchi, qui fut son apprenti, et à qui j'ai déjà pensé aujourd'hui car j'ai commencé sérieusement à travailler au décor de Casse-Noisette (et Noguchi fait partie de mes références en matière de scénographie). Comme je n'ai pas encore grand-chose de très présentable pour l'instant concernant ce nouveau chantier, je vous montre ces différentes étapes d'un précédent travail de décor, pour "L'Histoire du soldat" de Stravinsky à l'opéra de Nancy.



Successivement: la première esquisse, la maquette, la réalisation en grand.

J'avais accompagné ce travail d'une sorte de story-board ajouté à la partition:



Et me revoilà à la spirale! En effet, j'avais conçu un tour de piste non pas circulaire et fermé (le spectacle avait été monté sous chapiteau, pour rester fidèle à l'intention foraine de Ramuz et Stravinsky) mais spiralé et ouvert, se déroulant vers la gauche (j'avais lu que c'était là un des attributs du diable). Le chemin ainsi créé servait d'entrée en scène pour les acteurs. J'ai repris ce motif pour l'affiche du spectacle




où j'ai mis en rapport la spirale avec le cercle d'une horloge, le temps qui passe étant l'un des thèmes centraux de cette fable.

Je concluerai une seconde fois, dans le souci de boucler ma boucle, avec une architecture du jour, cette jolie petite maison



que je serais tenté d'intituler "Mon Rêve", sans doute parce qu'il est maintenant fort tard et que j'ai envie d'aller vite me coucher.

A demain.



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6 mai 2005 5 06 /05 /mai /2005 00:00



Peut-on parler de vide et de plein à propos de ces jolies boules japonaises que l'on gonfle en soufflant dedans, ce qui suffit à en tendre le papier qui tient ensuite par sa seule raideur, l'orifice par lequel on a soufflé n'étant pas fermé? En tout cas si hier je me sentais ainsi:




aujourd'hui je me sens comme celle du haut, par la grâce d'une bonne nuit de sommeil, et d'une méthodique réorganisation de mon emploi du temps dont, on l'aura compris, je prends le plus grand soin. Voici mon programme du jour, involontairement joli: toutes les couleurs y ont une signification.




C'est toujours de bon augure, à mes yeux, quand l'aspect graphique de mon emploi du temps me séduit - un peu comme ces mathématiciens qui, dit-on, estiment à son élégance la réussite d'une équation.

Ces boules japonaises m'ont toujours intrigué, de même que m'a toujours tenté l'envie de construire des volumes gonflables. Ce goût m'est venu, il y a bien longtemps déjà, de mon enthousiasme pour Claes Oldenburg et pour ses grandes pièces de tissu ou de vinyl remplies de kapok. Quand j'ai découvert, par la suite, que Claes Oldenburg avait, dans son enfance, reçu de sa grande-tante suédoise des collages



qui ressemblent fort à ceux que m'offrait ma grand-mère, dont j'ai déjà montré des exemples plus haut, mais dont voici deux autres jolies feuilles:






 
mon engouement s'est encore accru de quelques degrés, suivis de plusieurs autres quand j'ai appris que, sorte de blogueur avant la lettre, il tenait de passionnants carnets dont voici deux brefs extraits:

"J'agis d'abord, je théorise ensuite (...).
C'est toujours mieux d'atteindre les choses depuis leur bord opposé. Par exemple d'arriver au sens à partir du non-sens".
Enfin Oldenburg, enfant, a inventé, paraît-il, un pays imaginaire nommé Neubern, dont il a laissé une documentation abondante dans des cahiers pleins d'une richesse de détails hallucinante: industries, villes, commerces, affiches de cinéma, avions..., qui semblent préfigurer la précision du Glooscap de Bublex.
A propos des cahiers de ma grand-mère, je redécouvre, stupéfait, cette page, que je n'avais pas revue depuis qu'elle me les avait offerts,



mais dont le personnage sur la page de gauche hante mon imagination au point de réapparaître au fil des ans dans mes dessins, peintures et livres, comme le montrent ces deux exemples distants de quelques années:







Pour revenir un instant aux boules japonaises en papier, j'avais eu il y a quelque temps le projet d'éditer une paysage entier à déployer selon le même principe: au repos, il aurait été plié, savamment, dans une boîte plate, et un simple souffle aurait suffi à lui donner forme. J'en avais construit un prototype en calque (dont la colle a malheureusement jauni)




mais le projet en est resté là car j'ai manqué de patience pour inventer le système de pliage adéquat.

J'ai conservé, outre la maquette en volume, un carnet rempli d'idées destinées à ce projet:








Dans le même carnet, je retrouve aussi plusieurs pages avec des idées de structures qui ressemblent assez à ce dont j'ai envie pour mes deux nouveaux chantiers en cours: le décor de ballet et la structure d'exposition.




Outre les boules de papier, mon bureau est encombré de deux autres constructions tout aussi fragiles:




celle-ci, dont la non-triangulation menace l'apparente solidité, et celle-là




dont l'empilement serpentin me ramène aux ruisseaux méandreux d'hier ou d'avant-hier, je ne sais plus, et me conduit à ceci:




motif positif-négatif serré qu'arbore joliment le dos de mon âne Tristram, et qui me rappelle cette belle photo de Picasso où l'on voit un trois-mâts miniature voguer sur les vagues agitées d'une longue chevelure féminine.

Comme il y a longtemps que je n'ai parlé ni de Tristram, ni de Sterne, ni de Nabokov, ni de ma spirale adorée, j'opère maintenant ce tir groupé, emprunté à l'excellent livre, déjà cité, de Cécile Guilbert, "L'Ecrivain le plus libre": "Fuyant la mesure et la norme, emblématisant au contraire le désordre et la liberté, la digression serait ainsi du côté de l'errance, de la divagation, s'apparentant par là au labyrinthe, à la spirale, au jeu de miroirs sous lesquels se subsume la figure de l'infini" (les miroirs et le labyrinthe de la classe-chantier!)... et, citant Nabokov: "La spirale est un cercle spiritualisé. Dans la forme hélicoïdale, le cercle, délové, déroulé, a cessé d'être vicieux; il a été rendu libre" (l'étrange mot, "délové"!).
En guise de conclusion, cette belle architecture, qui ajoute à ses qualités intrinsèques le charme familial d'être l'oeuvre de mon neveu Dino.



A demain.



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4 mai 2005 3 04 /05 /mai /2005 00:00
Deux images et une citation: ce sera tout pour aujourd'hui, car je suis rentré épuisé comme rarement par ma performance de "Dessins animés des meilleures intentions".
La première image



c'est ce petit jeu de construction qui ne quitte jamais mon bureau et dont les cubes aux faces historiées de substantifs, de verbes et d'adverbes me permettent de jouer à toutes sortes de jeux divinatoires.

La citation, c'est cette phrase si touchante de Rilke, dans le livre que je citais l'autre jour, "Lettres à une musicienne", où l'esprit est considéré comme un jeu de construction: "A Venise se trouve ce que l'on appelle la Cà del Duca, les fondations d'un palais sur lequel sont venus ensuite s'appuyer les plus misérables logements; chez moi c'est le contraire, - les belles arcatures où s'élève mon esprit reposent sur un appui extrêmement précaire, simple bâti en bois, - juste quelques planches..."
La deuxième image, c'est ce marque-page de ma confection:



qui, si ce n'est pas une architecture du jour, peut servir du moins de conclusion.

A demain.


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4 mai 2005 3 04 /05 /mai /2005 00:00


La vie culturelle au grand air: voilà une jolie transition avec la tente "Morphée" d'hier soir (il s'agit d'un jeu que j'avais conçu pour Beaux-Arts Magazine).




Je voyage rarement sans livres, surtout lorsque le chantier en cours en est au stade, dans mon immuable chronologie, de la documentation. Voici, ci-dessus, une pile d'ampleur moyenne (les deux chantiers qui m'occupent en ce moment se recoupent un peu: le décor de ballet et la structure d'exposition). Heureusement, le voyage se fait en voiture, et non en train, et de surcroît en voiture spacieuse.




La dernière promenade avant de repartir m'offre le joli spectacle de ce ruisseau qui me semble être le reflet exact de ma pensée à ce stade de mes projets, hésitant, s'emballant pour une idée, puis pour une autre en tous points opposée. J'y retrouve une nouvelle fois mon cher contraste positif-négatif observé tant de fois dans les peintures chinoises. J'ai l'espoir que ces va-et-vient de l'imagination me conduiront à une heureuse synthèse. Il y a quelques années (en 2001 exactement) j'avais fait ma carte de voeux en évoquant précisément cela:




un tout ("un") fait de deux parties identiques opposées, résolution des contraires donc.

J'ai développé l'idée l'année suivante



suggérant que de deux pouvait naître trois, ou quelque chose dans ce genre, je ne sais plus exactement.

Plus loin, la route



s'est mise à ressembler furieusement à un minigolf.




Je me suis assis pour la contempler, et j'ai sorti de mon sac un livre de poèmes de Hôsai Ozaki, et je trouve celui-ci, à propos de contrastes:


Sur la pointe d'une herbe

devant l'infini du ciel
une fourmi

Le même contraste positif-négatif me saute alors aux yeux, partout où je regarde, dans les dessins serpentins des haies vives.




Rentré à la maison je contraste fortement ces photos et les détoure pour n'en garder que le tracé des "pians", comme on appelle les haies dans la région:




Sur le chemin du retour - je suis à vélo - je m'exerce à cette contorsion que je n'avais jamais pratiquée auparavant: je regarde méthodiquement sur ma droite et sur ma gauche, plutôt que la route devant moi (que je surveille néanmoins du coin de l'oeil) - c'est très amusant, je remarque une foule de choses que je n'avais jamais vues jusqu'alors, et je songe au fabuleux livre d'Alan Fletcher




"The Art of Looking Sideways" (l'art de regarder sur les côtés).

Puis je dessine un peu dans un beau carnet acheté chez Maruzen à Kyoto.





Il y a longtemps que je n'ai pas eu le loisir de me concentrer ainsi, calmement, sur un tracé rêveur. Je repense à la phrase de Marc-Aurèle citée avant-hier: "S'en tenir uniquement à ce qu'on fait dans le moment présent et à l'instrument usité pour le faire".
Mais il est temps de ranger, mes livres notamment. Revoici Miller, "Les Livres de ma vie", que je citais l'autre jour. Le hasard fait toujours bien les choses. En l'ouvrant, je trouve ceci: "...lorsque je viens de refermer un bon livre, je m'installe à ma table pour informer le monde entier de la chose". J'en profite donc pour informer mes lecteurs de l'existence de ce livre que me signale Claire Derouin (dont je recommande vivement l'exceptionnel "Big Bang Book"): "Construire une passion - Les jeux de construction de 1850 à nos jours" de Flavio Santi et Antoine Wasserfallen chez Quiquandquoi éditions - je ne l'ai pas encore vu, mais il est, paraît-il, passionnant, et en tout cas pertinent avec notre sujet!
J'en profite aussi pour signaler cette exposition, dont m'informe ma chère Muriel Hocquaux, réunissant près de Stratford-upon-Avon beaucoup de choses qu'on aime: des "dons" de Froebel aux jouets de Rietveld en passant par des manuscrits des Brontë: c'est "Only make believe, Ways of playing" à la Fondation Peter Moores, Compton Verney dans le Warwickshire jusqu'au 5 juin.
Après ces rangements je répète un peu mes "Dessins animés des meilleures intentions" dont je donne une dernière représentation demain, mercredi, au Centre Pompidou. Voici quelques séquences non conservées pour la performance de demain:





En guise de construction du jour, je vous fais ces deux propositions:



cette oeuvre de Moholy-Nagy, reproduite dans l'excellent "Constructivism" du sculpteur George Rickey, que j'avais inclus dans la bibliothèque amenée aux enfants de Blois, et qui utilise, comme si je le lui avais soufflé, ma jolie spirale adorée.

Et puis cette belle grange à claire-voie



qui n'a rien à envier aux constructions du même genre photographiées il ya peu (et montrées ici-même) au Japon.

A demain.



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2 mai 2005 1 02 /05 /mai /2005 00:00
Les deux chantiers suivants sont depuis aujourd'hui en route (les décors pour Casse-Noisette à l'opéra de Genève, et la conception d'une structure d'exposition et de réunion qui doit pouvoir s'adapter de façon modulaire à différentes foires ou festivals, à commencer par la Fiac en octobre prochain). Pour l'un et l'autre projet, nul doute que l'expérience de la classe-chantier à Blois portera ses fruits.
Une fois listées toutes les données de départ (temps, budget, contraintes de sécurité etc) je fais, comme souvent, un point de mes envies formelles, avant de réfléchir plus avant au sujet. J'en profite aussi pour relire les pages de notes où je regroupe sous forme d'interminables listes les idées qui me viennent en me promenant ou en lisant.






J'ai repris tout à l'heure les belles lettres de Rilke "à une musicienne" et je tombe sur ceci que j'avais coché dans la marge et qui vient à point nommé pour me mettre dans un bon état d'esprit: "Il n'y a plus de bons fruits à attendre d'un individu qui en aurait porté une fois de mauvais. Quand je pense à l'artiste, c'est une chose dont j'ai toujours été convaincu et j'étais indigné chaque fois que je voyais quelqu'un produire accessoirement une chose médiocre, en utilisant des restes d'anciennes forces, se croyant capable de faire de bonnes choses quand cela lui conviendrait. Comme si quelqu'un se mettait à vouloir encore écrire de beaux caractères en utilisant une plume avec laquelle il a essayé d'ouvrir une caisse. Celui qui, en art, s'est contenté d'être en-dessous de ce qu'il y a de momentanément de plus grand en lui est perdu pour ce qu'il y a de plus grand en lui".

Au travail!



Il faut aussi que je m'entraîne un peu pour ma performance de "Dessins animés des meilleures intentions" que je donne une dernière fois au Centre Pompidou mercredi après-midi (ci-dessus, un extrait de la seconde partie, où j'ajoute des détails à des tableaux célèbres), et pour la séance de signatures à la librairie après la projection (en effet, comme je fais toujours des dessins pour les dédicaces, il faut que je me refasse un peu la main!).

La promenade du soir m'offre une nouvelle fois l'architecture du jour: ce hangar si beau dans sa simplicité



Mais j'ai aussi une autre image de conclusion, trouvée dans ce joli livre




dont le titre m'évoque celui du jeu édité pour l'exposition.




La voici:




Je vais me hâter de m'en remettre à cette sympathique divinité, me demandant s'il y a un rapport étymologique entre "morphè" ("forme" en grec) et Morphée, dieu du sommeil, qui favoriserait donc, par le truchement des rêves, l'invention des formes. Cela ne m'étonnerait guère, tant il m'arrive souvent de voir des tableaux ou de trouver des idées en songe, et cela de manière très précise, pour ne plus avoir qu'à les noter le matin.

A demain.

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2 mai 2005 1 02 /05 /mai /2005 00:00
"S'en tenir uniquement à ce qu'on fait dans le moment présent et à l'instrument usité pour le faire" - cette phrase trouvée en ouvrant au hasard les belles "Pensées pour moi-même" de Marc-Aurèle ne disent-elles exactement pas ce que nous avons fait avec les enfants la semaine dernière pendant la classe-chantier?



" - Peu importe quel chemin vous prendrez, déclara le Chat.

- ... pourvu que j'arrive quelque part", ajouta, en manière d'explication, Alice".
Ce quelque part cité hier me fait penser à une histoire que j'ai écrite il y a quelques années, intitulée "Les Aventures de Primo Saîgo sur les îles Rapöklök (où les gens ne savent pas compter)", et dont je montre ci-dessus le décor. Rapöklök est l'inverse de "quelque part" (kölköpar), et un discret hommage au "Erewhon" ("nowhere" inversé) de Samuel Butler. Le nom du héros est une sorte d'oxymore car "saïgo" veut dire "dernier" en japonais. Tout est de travers et littéralement démesuré dans ce pays où le jeune Primo aime la princesse Prima sans compter.



Il me revient à l'esprit que l'ancien nom de l'île de Cheju-do, au sud de la Corée, n'est autre que: Quelpart! Et j'ai consigné dans mon épais dossier IDL déjà cité (Idées De Livres) une petite note sur une île appelée Insuland, le pays de l'insu, que je compte bien décrire un jour. En hommage inversé à Erewhon j'avais aussi songé à une ville au nom contre-utopique de Sommuères.

Ce qui me fait penser à Sommières, donc à Durrell qui y a longtemps vécu, donc à Henry Miller qui était l'ami de Durrell. J'adore "Les livres de ma vie" de Miller. Le livre se clôt par trois appendices: "liste des livres lus", "livres que j'ai encore l'intention de lire" et "amis qui m'ont procuré des livres". Voici la couverture de mon exemplaire français



qui reproduit un détail d'une affiche de l'excellent Tadanori Yokoo qui a, entre autres oeuvres remarquables, conçu un étrange livre réunissant sa propre collection de cartes postales de cascades:




Ce travail aussi méthodique que pléthorique me rappelle la mise en page d'un autre livre que j'aime beaucoup et qui m'a indirectement inspiré pour mon Coxcodex, "Red Mouth" de l'incomparable Walasse Ting,




ces deux exemples de foisonnements ne me semblant pas tellement éloignés à leur tour de cette esthétique-ci:




Du même Ting je conserve comme un trésor ce vieux catalogue qui m'a inspiré, quand j'étais enfant, le goût de l'impression décalée et des tons directs:




dont voici, bien des années plus tard, dans mes "Oeuvres romanesques complètes", l'écho encore nettement audible:







A Blois, l'autre jour, Françoise m'a offert le très joli livre de Giono "L'Homme qui plantait des arbres". Je lui apporté en retour le livre de Miller, qui y écrit sur Giono des pages magnifiques, estimant que ses livres sont de ceux qui "augmentent la vie". Ce qui me rappelle le cher Filliou, pour qui, comme l'on sait, "l'art, c'est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art".
En guise d'architecture du jour, cette belle maison remplie de montagnes



qui me fait penser à la beauté des péniches qui, quand elles sont remplies de charbon, donnent l'impression que des montagnes glissent sur la Seine.

A demain.




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1 mai 2005 7 01 /05 /mai /2005 00:00
" - Peu importe quel chemin vous prendrez, déclara le Chat.
- ... pourvu que j'arrive quelque part", ajouta, en manière d'explication, Alice".



La classe-chantier qui s'est terminée hier - du moins pour ce qui concerne sa phase "construction" - a conduit à un résultat que nous ne soupçonnions pas au moment de commencer l'aventure il y a cinq jours: les enfants, qui avaient d'abord projeté, au stade de la maquette, de construire des édifices individuels (une gare, un "château de la table montante", un magasin, un toboggan...) regroupés en une sorte de ville proliférante, ont abandonné ces idées, ou les ont oubliées, au moment de passer à la réalisation en grand. N'importait plus alors que la nécessité que "ça tienne". Les idées se sont adaptées, en les simplifiant, aux contraintes du matériau. Une réunion de mi-chantier a permis de décider collectivement de la destination de la structure ainsi advenue. Les enfants ont en majorité évoqué l'évidence d'un labyrinthe et d'une classe. Il fut donc décidé de s'orienter vers une classe-labyrinthe.

De mon côté, j'avais imaginé, voyant le dédale se construire, que l'on pourrait en faire une sorte de cerveau ou de représentation de la pensée, avec ses diverticules, ses circulations multiples, ses raccourcis, ses points de vue changeants, ses paradoxes. L'idée de la classe-labyrinthe, venue spontanément des enfants, n'était donc pas pour me déplaire.
L'admirable maîtresse, quant à elle, à exprimé le souhait de tenter de faire classe dans ce nouveau dispositif. La construction terminée, elle est revenue nuitamment pour équiper les différents espaces d'un astucieux jeu de piste plein d'instructives consignes. On les aperçoit ici et là:



Samedi matin, une classe d'un nouveau genre s'est donc tenue dans nos murs à claire-voie, et l'expérience sera renouvelée lundi et mardi encore, avant démontage du jeu de construction en milieu de semaine.

Pour ce qui me concerne, j'ai vécu la semaine au jour le jour, attentif le plus possible à ce qui arrivait, exactement comme lorsque je peins ou dessine dans le calme de mon atelier, découvrant le travail en train de se construire de l'intérieur; la différence, c'est que nous étions plusieurs, cette semaine, à avancer ainsi, prenant joyeusement le risque de se tromper peut-être, comme dans tout jeu (le français n'ayant qu'un mot, et c'est très bien ainsi, pour "play" et "gamble").
Voici, dans un des petits espaces, quelques livres que j'avais choisis dans ma bibliothèque et qui ont permis aux enfants de vérifier que d'autres avant eux, et non des moindres, étaient arrivés à des solutions comparables à partir de vocabulaires similaires:



Certaines reproductions de ces livres ont été photocopiées, parfois coloriées, et accrochées aux murs (on reconnaît ici, si je ne m'abuse, un circuit en modules de béton de Julian Opie).

Nous avons pris énormément de photos, les enfants aussi, car il faut dire que le résultat est assez photogénique; c'est un régal pour qui a le goût des cadrages:



Voici, pour le plaisir, encore deux vues générales:




Les boules suspendues au-dessus de l'unique table conservée sont, d'après les enfants, des cerveaux qui inspirent des idées par simple contact avec la tête de la personne assise.
Deux rideaux à lanières ont été utilisés:




Ils me rappellent certains de mes tableaux de la série "Poggendorff" dont je parlais il y a quelques jours:




Samedi matin, après la classe, la construction a été ouverte aux visiteurs: aux autres classes d'abord, puis aux parents. Une jolie invitation a été imprimée à cet effet:




Hélas, tout a une fin!




Dans le même carnet, cette page,




relevé technique d'une paroi - ou plan? - me rappelle certaines pages de mes propres carnets:




Le travail de cette semaine m'a apporté, de plus, des idées pour les deux chantiers que je vais mettre en route dès aujourd'hui: le décor pour Casse-Noisette, et la construction d'une structure démontable et adaptable pour abriter des expositions et des ateliers. C'est de cela que je vous parlerai sûrement dans les jours à venir.

Mais avant tout, un peu de repos: promenade dans les collines, avec une pause pour finir "Oreiller d'herbe" de Natsume Sôseki et faire comme son narrateur: "Seul, avec un trépied et une boîte de peinture à la main, j'avance lentement sur un sentier de montagne, au printemps. Je souhaite (...) me promener et errer, ne fût-ce qu'un instant, dans l'univers impassible. C'est une ivresse".
Mais en conclusion, retour à la ville un bref instant:



dans cette petite rue de Blois aux fils si entremêlés qu'elle me rappelle certaines ruelles de Tokyo.

Et dans la même rue, cette paradoxale enseigne:



A demain.


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